Cancer de la thyroïde

2008


ANALYSE

48-

Facteurs de risque reconnus

L’augmentation du risque de cancer de la thyroïde après exposition aux rayonnements ionisants est aujourd’hui largement documentée. Les cancers dits radio-induits sont majoritairement de type papillaire et leur évolution naturelle est la même que celle des autres cancers thyroïdiens de même type histologique.
Le suivi de la population irradiée lors des bombardements de Hiroshima et Nagasaki, le dénombrement des cancers de la thyroïde en Ukraine, Biélorussie et Russie, chez les enfants et adolescents vivant dans les régions contaminées par l’accident de Tchernobyl, et le suivi des patients soumis à des irradiations externes ou internes dans le cadre médical ont permis de mieux évaluer, pour différents niveaux de doses, le risque de cancer de la thyroïde.
Le rapport de l’Unscear (2000renvoi vers), qui fait une synthèse des études épidémiologiques sur le sujet, concluait que la glande thyroïde est très sensible aux effets oncogènes de l’irradiation externe au cours de l’enfance et qu’une relation dose-réponse linéaire est compatible avec les données de la littérature. Depuis, les données provenant des études post-Tchernobyl ont permis de mieux estimer le risque après contamination aux iodes radioactifs. L’âge à l’exposition est un facteur important modifiant le risque de cancer avec une tendance forte à la diminution du risque lorsque l’âge à l’exposition augmente.

Cohorte de Hiroshima-Nagasaki

Après les bombardements de Hiroshima et Nagasaki, une cohorte constituée en 1950 a concerné 99 000 survivants qui avaient été exposés à de relativement faibles doses d’irradiation externe (en moyenne 0,2 Gy), mais avec un spectre large allant de 0 à plus de 4 Gy. Les informations fournies par ces deux bombardements répondent à une définition précise : il s’agit d’une irradiation unique et très brutale. Le colossal effort de reconstitution dosimétrique, actualisé en 2002 (Dosimétrie standardisée 2002 -D.S. 02), le recul de plus de 60 ans et des biais bien contrôlés (Pierce et coll., 2007renvoi vers) confèrent aux données recueillies chez les survivants une valeur exceptionnelle. Le bilan du dernier rapport sur l’étude des survivants en 2007 (Preston et coll., 2007renvoi vers) faisait état de la survenue de 17 448 cancers au sein de la cohorte des 105 427 personnes suivies entre 1958 et 1998, dont environ 850 cancers (11 %) imputables aux radiations. Pour la thyroïde, le nombre de cancers observé était de 471, soit moins de 3 % des cancers observés (tableau 48.Irenvoi vers). Contrairement à la publication de Thomson en 1994 (Thompson et coll., 1994renvoi vers), qui retrouvait un excès de risque de cancer de la thyroïde seulement pour les personnes âgés de moins de 14 ans à l’exposition, l’augmentation du risque en fonction de l’âge à l’exposition persistait pour les jeunes adultes, avec cependant un excès de risque divisé par 3 dans la catégorie 20-39 ans par rapport à la catégorie 0-9 ans.

Tableau 48.I Excès de risque relatif (ERR) pour le cancer de la thyroïde selon la catégorie d’âge à l’exposition dans la cohorte de Hiroshima-Nagasaki (suivi d’incidence des cancers entre 1958 et 1998) (d’après Preston et coll., 2007renvoi vers)

 
0-9 ans
10-19 ans
20-39 ans
40+
ERR
1,5 (0,47-3,9)
1,2 (0,50-2,5)
0,46 (0,11-1,1)
0,31 (– 0,1-0,92)

ERR estimé à 1 Gy pour les catégories d’âge à l’exposition

Par ailleurs, outre les synthèses de Pierce et coll. (2007renvoi vers) et de Preston et coll. (2007renvoi vers), le document le plus techniquement complet concernant la radiocancérogenèse thyroïdienne est le travail de Imaizumi et coll. en 2006 (Imaizumi et coll., 2006renvoi vers). Une cohorte de 4 091 survivants appartenant à la vaste population régulièrement suivie tous les deux ans a accepté, sur la base du volontariat, un bilan thyroïdien poussé entre mars 2000 et février 2003. Le programme a inclus les nodules uniques et multiples. L’échographie a été réalisée systématiquement avec ponction cytologique de tout nodule d’un diamètre supérieur ou égal à un centimètre et établissement des résultats selon la classification de 1986 de l’OMS. La dosimétrie de 2002 (D.S. 02) a servi de référence.
Les résultats sont les suivants :
• 55 à 58 ans après les explosions, il existe une relation linéaire significative entre la prévalence des cancers thyroïdiens, mais aussi des nodules thyroïdiens bénins et la dose reçue ;
• les cancers observés sont presque exclusivement papillaires ;
• l’excès de risque est étroitement lié à l’âge au moment des irradiations de Hiroshima et Nagasaki et diminue avec l’augmentation de l’âge à l’exposition.
Les excès d’odds ratio par sievert (EOR/Sv) sont :
• pour tous les nodules pour une exposition avant l’âge de 9 ans : 3,83 (p < 0,001) ; entre 10 et 20 ans : 1,10 (p < 0,001) ; à 20 ans et plus : 0,42 (p = 0,03) ;
• pour les cancers avant 9 ans : 3,46 (p < 0,001) ; entre 10 et 20 ans : 1,49 (p = 0,002) ; à 20 ans et plus : 0,25 (p = 0,57) ;
• pour les nodules bénins avant 9 ans : 2,89 (p < 0,001) ; entre 10 et 20 ans : 0,83 (p = 0,001) ; 20 ans et plus : 0,25 (p = 0,38).
Ce travail consolide donc, avec une méthodologie rigoureuse, l’importance du risque pour une exposition au cours de l’enfance. Il insiste sur la surveillance à maintenir, surtout chez les sujets irradiés à un jeune âge, car l’excès de risque de cancer de la thyroïde peut subsister pendant des décennies, ce qui confirme les données de Shore et coll. (1985renvoi vers), Schneider et coll. (1993renvoi vers), Thomson et coll. (1994renvoi vers) et Preston et coll. (2003renvoi vers et 2007renvoi vers).

Expositions médicales

L’utilisation des rayonnements ionisants dans le domaine médical (diagnostique, thérapeutique ou dans le cadre de l’exposition professionnelle) représente environ 41 % des expositions annuelles pour la population française (Billon et coll., 2004renvoi vers). Elle a considérablement augmenté, surtout dans le domaine diagnostique. Selon l’Unscear, entre 1983 et 1996, la fréquence des examens radiologiques a augmenté de 10 % tandis que la dose moyenne par examen augmentait sur la même période de 20 % et la dose collective annuelle de près de 50 % (Unscear, 2000renvoi vers). De nombreuses études épidémiologiques ont recherché une relation entre l’irradiation médicale et la survenue ultérieure de cancer de la thyroïde.

Expositions externes aux fortes doses (rayons X) : traitement des cancers et pathologies bénignes

Le risque de cancer de la thyroïde après irradiation par les rayons X dans le cadre d’une radiothérapie pour cancer ou le traitement d’une pathologie bénigne (irradiation pour teigne du cuir chevelu, hémangiome…) a été mis en évidence par plusieurs études (Boice et coll., 1991arenvoi vers ; Lundell et coll., 199renvoi vers4 ; Lindberg et coll., 1995renvoi vers ; Sigurdson et coll., 2005renvoi vers ; Sadetzki et coll., 2006renvoi vers). L’étude poolée de Ron (Ron et coll., 1995renvoi vers) incluant 120 000 personnes (58 000 personnes diversement exposées : survivants de Hiroshima-Nagasaki, irradiation pour pathologie bénigne ou maligne et 61 000 non exposées) retrouvait 700 cancers de la thyroïde pour un suivi de 3 millions de personnes-années. La puissance de cette étude a permis de mettre en évidence pour les expositions au cours de l’enfance un excès de risque significatif de cancer de la thyroïde de 7,7 par Gray. Le risque diminuait significativement lorsque l’âge à l’exposition augmentait, avec un risque faible de cancer radio-induit pour une exposition après l’âge de 20 ans. Par ailleurs, l’excès de risque était deux fois plus élevé chez les femmes, mais ce résultat n’était pas retrouvé dans toutes les études individuelles. L’excès de risque le plus élevé était observé après un suivi de 15 à 30 ans après l’exposition, mais restait élevé plus de 40 ans après l’exposition.

Expositions externes aux faibles doses (rayons X) : examens diagnostiques

Il faut distinguer l’exposition in utero, pendant l’enfance et à l’âge adulte.

Exposition in utero

La plus grande étude cas-témoins de cancer de l’enfant ayant porté sur l’exposition anténatale est l’Oxford Child Survey Study (Burch et coll., 1970renvoi vers) qui a débuté dans les années 1950. Elle a mis en évidence un risque de cancer solide multiplié par 1,5 en cas d’exposition fÅ“tale aux rayons X.
Le risque a cependant diminué au cours du temps avec la diminution des doses reçues par la mère au fil des années. Ces résultats sont cependant en contradiction avec ceux de la cohorte de Hiroshima-Nagasaki qui ne retrouve pas d’excès de cancer pour une exposition in utero. Cependant, le faible nombre de personnes exposées in utero dans la cohorte de Hiroshima-Nagasaki pose le problème de la puissance de l’étude. Wakeford et Little (2003renvoi vers) dans une synthèse récente concluent que l’exposition in utero augmente l’incidence du risque de cancer de l’enfant à partir d’une exposition de 10 mSv. En revanche, aucune étude individuelle ne porte sur la survenue d’un cancer de la thyroïde après exposition in utero.

Population enfant

Plusieurs études cas-témoins de cancer de l’enfant ont recherché une relation entre l’exposition radiologique diagnostique et la survenue de leucémies et de cancers solides (Shu et coll., 1994renvoi vers ; Meinert et coll., 1999renvoi vers ; Doody et coll., 2000renvoi vers ; Infante-Rivard et coll., 2000renvoi vers ; Shu et coll., 2002renvoi vers), mais compte tenu de la rareté du cancer de la thyroïde dans l’enfance, aucune étude n’est informative pour cette localisation.

Population adulte

Plusieurs grandes cohortes de patientes soumises de façon répétée à des examens diagnostiques par rayons X ont été publiées (Boice et coll., 1991brenvoi vers ; Howe, 1995renvoi vers ; Doody et coll., 2000renvoi vers). Elles comportaient une reconstitution exhaustive du nombre de radiographies réalisées et permettaient une reconstitution relativement précise de la dose individuelle cumulée délivrée. Ces études ont étudié plusieurs localisations de cancer potentiellement liées aux radiations, notamment pour le risque de cancer du sein, mais ne sont pas informatives sur le risque de cancer de la thyroïde.
Les autres études disponibles sont des études cas-témoins pour lesquelles le recueil de l’exposition repose sur la déclaration des cas et des témoins, pouvant être à l’origine d’une sous-déclaration de l’exposition, mais surtout d’une déclaration différente entre les cas et les témoins, source de biais pour l’analyse. Trois études suédoises se sont focalisées sur le cancer de la thyroïde avec une association retrouvée entre l’exposition cumulée aux examens radiologiques et le risque de cancer dans une étude (Wingren et coll., 1997renvoi vers) et pas d’association retrouvée dans les deux autres (Inskip et coll., 1995renvoi vers ; Hallquist et Nasman, 2001renvoi vers) (tableau 48.IIrenvoi vers). Il est à noter que l’association a été retrouvée dans l’étude fondée sur l’interview des patientes alors que les deux études négatives avaient reconstitué l’exposition cumulée à partir des dossiers médicaux, reflétant de façon plus fiable l’exposition des personnes. Une étude américaine ne retrouvait une augmentation du risque que pour un sous-groupe de personnes qui avaient un antécédent d’irradiation de la tête ou du cou (Ron et coll., 1987renvoi vers).

Expositions internes aux doses thérapeutiques (fortes doses)

Plusieurs études ont analysé le risque de cancer de la thyroïde après traitement par iode 131 dans le cadre d’une hyperthyroïdie (tableau 48.IIIrenvoi vers). Trois grandes cohortes concernaient des patients traités entre 1950 et 1990 (Holm et coll., 1991renvoi vers ; Hall et coll., 1992renvoi vers et 1996renvoi vers ; Ron et coll., 1998renvoi vers ; Franklyn et coll., 1999renvoi vers). Deux de ces études retrouvaient une petite augmentation significative du risque de survenue de cancer de la thyroïde (Ron et coll., 1998renvoi vers ; Franklyn et coll., 1999renvoi vers), peu de temps après le traitement par iode 131 sans mise en évidence d’une relation dose-réponse. Ces éléments pouvaient faire suspecter le rôle de la pathologie thyroïdienne sous-jacente, ainsi que d’une surveillance médicale plus rapprochée de ces patients. Des études de petite taille, descriptives sur le suivi à long terme d’enfants traités par iode 131 pour hyperthyroïdie ne retrouvaient pas de cancer de la thyroïde dans le suivi, mais leur puissance était faible du fait d’effectifs faibles (Safa et coll., 1975renvoi vers ; Read et coll., 2004renvoi vers).

Expositions internes aux doses diagnostiques (faible dose)

De grandes études de cohorte de patients qui ont reçu de l’iode 131 à visée diagnostique dans les années 1950, n’ont pas montré d’augmentation du risque de cancer de la thyroïde, sauf en cas d’antécédent d’irradiation de la tête et du cou ou lorsque l’exploration était liée à la suspicion de pathologie tumorale de la thyroïde (Hall et coll., 1996renvoi vers ; Hahn et coll., 2001renvoi vers ; Dickman et coll., 2003renvoi vers) (tableau 48.IVrenvoi vers). Il est à noter qu’une seule de ces études concernait l’exposition dans l’enfance (Hahn et coll., 2001renvoi vers). L’étude ne retrouvait pas d’excès de risque de cancer de la thyroïde au sein de cette population, mais les enfants étaient relativement âgés lors de l’exploration (14,9 ans en moyenne) et des problèmes méthodologiques pouvaient être responsables d’un manque de puissance.

Tableau 48.II Descriptif des principales études sur le risque de cancer de la thyroïde après exposition externe diagnostique

Référence
Type d’étude
Description
Recueil des infos
Dosimétrie, dose moyenne
Conclusion
Inskip et coll., 1995renvoi vers
Cas-témoins (Suède)
484 cas
484 témoins
Dossier médical
5,9 mGy
5,7 mGy
Pas d’augmentation significative du risque en fonction de la dose reçue
ERR = 0,02 (–0,11-0,15). Pas info sur iode 131 (I131), radiothérapie, clichés dentaires
Hallquist et coll., 2001renvoi vers
Cas-témoins (Suède)
180 cas
360 témoins
Questionnaire et dossier médical
7mGy
7,4 mGy
Pas d’augmentation significative du risque OR = 1,4 (0,8-2,3) pour la catégorie de dose la plus forte (> 2,9 mGy)
Pour les femmes de moins de 50 ans lors du diagnostic de cancer thyroïdien OR = 2,5 (0,96-6,7)
Ron et coll., 1987renvoi vers
Cas-témoins (États-Unis)
159 cas
285 témoins
< 20 ans-≥ 40 ans
  
Pas d’augmentation significative du risque sauf si antécédent de radiothérapie tête et cou OR = 2,8 (1,2-6,9)
Wingren et coll., 1997renvoi vers
Cas-témoins (Suède)
186 cas
426 témoins
Questionnaire
0-1 000 mGy
Augmentation significative du risque OR = 2,6 (1,5-5,1) pour exposition > 1Gy.
Effet dose OR = 3,5 (1,6-7,6) pour la catégorie ayant reçu plus de 10 clichés dentaires. Interaction parité

mGy : milligray ; OR : odds ratio ; ERR : excès de risque relatif

Tableau 48.III Descriptif des principales études sur le risque de cancer de la thyroïde après exposition interne à forte dose

Référence
Type d’étude
Description population
Recueil des infos
Dosimétrie, dose moyenne
Conclusion
Metso et coll., 2007renvoi vers
Cas-témoins
2 793 patients traités pour hyper-thyroïdie par iode 131 (I131) entre 1965 et 2002
2 793 témoins
Croisement avec registre des cancers
 
RR de cancer = 1,25 (1,08-1,46)
Pas d’augmentation du cancer de la thyroïde
Read et coll., 2004renvoi vers
Rétrospective
116 patients traités avant 20 ans pour Basedow I131 (âge entre 3 et 19 ans), 90 avaient plus de 11 ans au traitement
 
Activité individuelle reçue en mCi
Pas de cancer de la thyroïde/âge entre 3 et 19 ans. 90 avaient plus de 11 ans lors du traitement
Franklyn et coll., 1999renvoi vers
Cohorte
7 417 personnes traitées par I131 pour hyperthyroïdie
Âge moyen 56,6 ans
 
Activité individuelle reçue en MBq
Pour le cancer de la thyroïde
SIR = 3,25 (1,69-6,25)
SMR = 2,78 (1,16-6,67)
Ron et coll., 1998renvoi vers
Cohorte
23 020 personnes exposées/12 573 non exposées
Traitement hyperthyroïdie entre 1946 et 1964
Suivi jusqu’en 1990
Doses individuelles
Pour le cancer de la thyroïde SMR cancer thyroïde après I131 = 3,94 (2,52-5,86) ; rôle pathologie sous-jacente
Hall et coll., 1992renvoi vers
Cohorte
10 552 personnes traitées par I131 pour hyperthyroïdie
Suivi 15 ans
Dose moyenne 1,1 Gy
SMR tout cancer significatif = 1,14
Holm et coll., 1991renvoi vers
Cohorte
10 500 traités par I131 entre 1950 et 1975
Suivi 15 ans
Dose moyenne 100 Gy
Pour le cancer de la thyroïde SIR = 1,29 (0,76-2,03)
Safa et coll., 1975renvoi vers
Rétrospective
87 enfants traités pour hyperthyroïdie
Suivi 5-24 ans
 
Pas de cancer thyroïde 77 avaient plus de 11 ans lors du traitement

SIR : ratio d’incidence standardisé ; Mbq : millibecquerel ; Gy : Gray ; SMR : Standardized Mortality Ratio

Tableau 48.IV Descriptif des principales études sur le risque de cancer de la thyroïde après exposition interne à faible dose à l’iode 131

Référence
Type d’étude
Description de la population
Recueil des infos
Dosimétrie, dose moyenne à la thyroïde
Conclusion
Dickman et coll., 2003renvoi vers
Cohorte
36 792 personnes recevant I131 dans un but diagnostique entre 1952 et 1969 (Âge 1-75 ; moyenne 43 ans ; 7 % de moins de 20 ans)
1 767 avec antécédent d’irradiation du cou
11 015 vus pour suspicion de tumeur
24 010 autres
129 cancers thyroïde (au moins 2 ans après iode)
Suivi entre 1958 et 1998
Doses individuelles
Dose 1,37 Gy pour suspicion de tumeur
Dose 0,94 Gy pour autre raison
Pour cancer de la thyroïde
SIR = 9,8 (6,3-14,6) si irradiation externe cou avant
SIR = 3,5 (2,7-4,4) si exploré pour suspicion de cancer thyroïde
Autres :
SIR = 0,91(0,64-1,26)
Peu de patients de moins de 20 ans (7 %)
Hahn et coll., 2001renvoi vers
Cohorte
789 patients recevant I131 diagnostique
1 118 non exposés
Population moins 18 ans à l’exposition (âge moyen 14,9 ans)
Population exposée
2 cancers
Suivi 16 500 PA
Population non exposée
3 cancers
Suivi 21 000 PA
Dose moyenne 1Gy
ERR = –0,14 (–0,9-4,1)
RR = 0,86 (0,14-5,13)
Biais méthodologique (35 % et 41 % de la cohorte initiale explorée) ; manque de puissance
Hall et coll., 1996renvoi vers
Cohorte
34 104 personnes
Peu d’enfants
67 cancers pour 50 attendus
Dose moyenne 1,1 Gy
Pour cancer de la thyroïde
SIR = 1,4 (1,1-1,7)
Rôle de la pathologie sous-jacente

SIR : ratio d’incidence standardisé ; Mbq : millibecquerel ; ERR : excès de risque relatif ; RR : risque relatif ; Gy : Gray ; PA : personnes-années

Exposition des travailleurs

Des populations de travailleurs du nucléaire ont été étudiées pour évaluer leur risque de mortalité par cancer lié à une irradiation externe reçue dans le cadre de leur travail. Une publication de 2007 étudie 15 cohortes de travailleurs, représentant plus de 400 000 personnes (Cardis et coll., 2007renvoi vers) (tableau 48.Vrenvoi vers). L’étude de mortalité ne retrouvait pas d’excès de décès par cancer de la thyroïde. Une analyse réalisée dans une sous-partie de la cohorte sur le risque de survenue de cancer de la thyroïde au sein de cette population retrouvait l’absence d’excès de cancer de la thyroïde pour une exposition de 100 mSv. Une autre étude sur des travailleurs du nucléaire australiens ne retrouvait pas d’excès de cancer de la thyroïde (Habib et coll., 2006renvoi vers).
Il faut cependant noter que ces études ne sont pas très informatives pour le cancer de la thyroïde car elles sont fondées le plus souvent sur une analyse de la mortalité, qui n’est pas un bon reflet de l’incidence du cancer de la thyroïde et concernent des populations très majoritairement masculines, alors qu’il existe une nette prédominance féminine de la maladie.
Parmi les autres populations exposées aux radiations, plusieurs études ont été conduites dans le milieu médical. Plusieurs études de cohorte retrouvaient une augmentation globale significative du risque de cancer (Sigurdson et coll., 2003renvoi vers), soit chez les femmes (Sont et coll., 2001renvoi vers) soit en cas de début d’emploi avant 1950 (Zabel et coll., 2006renvoi vers) ou 1970 (Wang et coll., 2002renvoi vers). Cependant, l’effet d’un accès facilité aux soins qui favoriserait le dépistage, ne peut pas être exclu pour les études qui utilisent la population générale comme population de référence (Sont et coll., 2001renvoi vers; Sigurdsson et coll., 2003renvoi vers; Habib et coll., 2006renvoi vers).
Une analyse du risque de cancer secondaire à l’exposition aux radiations cosmiques pour le personnel navigant a donné lieu à plusieurs études. Il n’a pas mis en évidence d’augmentation du risque de cancer de la thyroïde selon une revue récente de la littérature (Sigurdson et Ron, 2004renvoi vers).

Tableau 48.V Descriptif des principales études sur le risque de cancer de la thyroïde après exposition des travailleurs

Référence
Type d’étude
Description de la population
Recueil des infos
Dosimétrie, dose moyenne
Conclusion
Cardis et coll., 2007renvoi vers
Plusieurs cohortes poolées (15) / Étude de mortalité
407 391 travailleurs du nucléaire
17 cancers thyroïdiens/16,6 attendus
Dosimétrie individuelle
Dose moyenne 19,4 mSv
Pas de surmortalité par cancer de la thyroïde
Pas d’augmentation du risque de décès par cancer de la thyroïde pour une dose cumulée de 100 mSvRR à 100 mSv = 0,91 (0,12-2,84)
Linet et coll., 2006renvoi vers
Cohorte/étude de mortalité
88 766 manipulateurs radio suivis entre 194 et 2003
Analyse des décès des personnes ayant une activité de radiologie interventionnelle
Pas de dosimétrie
Pas de surmortalité par cancer par rapport à des manipulateurs radio sans activité de radiologie interventionnelle
Habib et coll., 2006renvoi vers
Cohorte/étude d’incidence
4 523 travailleurs du nucléaire employés entre 1972 et 1996
2 cancers thyroïdiens/2,66 attendus
Doses individuelles
Dose moyenne 15,04 mSv
Pas d’augmentation du risque de cancer de la thyroïde
SIR = 0,75 (0,19-3,01)
Zabel et coll., 2006renvoi vers
Étude de cohorte/étude d’incidence
73 080 manipulateurs radio, ayant travaillé plus de 2 ans, depuis 1982
121 cancers thyroïdiens
Pas de dosimétrie
Tenir un patient dans le champ de rayons (> 50 fois)
RR = 1,47, (1,01-2,15)
Emploi avant 1950 : RR = 3,04 (1,01-10,78)
Pas effet du secteur activité (médecine nucléaire…)
Pas d’effet de l’âge
Sigurdsson et coll., 2003renvoi vers
Cohorte/étude d’incidence
90 305 manipulateurs radio
124 cancers thyroïdiens
Pas de dosimétrie
Pour cancer thyroïde
SIR (femme) = 1,54 (1,24-1,83)
SIR (homme) = 2,23 (1,29-3,59) par rapport à la population générale
Wang et coll., 2002renvoi vers
Cohorte
Travailleurs du médical (Chine)
27 011 exposés
25 782 non exposés
Employé avant 1970 (13 cancers/6,32 attendus)
Employé après 1970 (1 cancer/2,54 attendus)
Reconstruction des doses
Avant 1970 : 0,551 Gy
Après 1970 : 0,082 Gy
Employé avant 1970
ERR = 1,9 (0,3-4,4)
EAR = 0,3 (0,15-0,8)
Employé après 1970
ERR < 0
EAR < 0
Sont et coll., 2001renvoi vers
Cohorte/étude d’incidence
191 333 travailleurs, plusieurs types d’exposition dont domaine médical (Canada)
Homme : 35 cancers / 26,5 attendus
Femme : 94 cancers / 66,1 attendus
Doses individuelles cumulées sur la durée de suivi
Dose moyenne = 6,64 mSv
Pour professions dans le médical et dentaire
Pour cancer de la thyroïde
SIR (homme) = 1,32 (0,97-1,75)
SIR (femme) = 1,42 (1,19-1,69)
Pas d’estimation de la relation dose-effet pour thyroïde (peu de doses élevées)
Berrington et coll., 2001renvoi vers
Cohorte
Radiologues enregistrés entre 1897 et 1979 et suivis jusqu’en 1997
 
Pas de dosimétrie individuelle
Prise en compte de la période de début d’emploi
SMR tout cancer = 1,41 (1,03-1,9) pour ceux inscrits depuis plus de 40 ans correspondant à une inscription avant 1954
Pas d’individualisation du cancer de la thyroïde
Wingren et coll., 1997renvoi vers
Cas-témoins
186 cas/426 témoins
Femmes de 20 à 70 ans au diagnostic
Investigation sur leur travail
Dose cumulée individuelle d’après questionnaire
Dentistes ou assistantes
OR = 13,1 (2,1-389)
Biais recueil info ; OR significatif aussi pour enseignant, fabriquant de chaussure

EAR : excès absolu de risque ; ERR : excès de risque relatif ; OR : odds ratio ; SMR : Standardized Mortality Ratio ; SIR : Standardized Incidence Ratio

Exposition environnementale liée au nucléaire

L’accident de Tchernobyl et d’autres accidents ou essais nucléaires constituent une source d’informations sur le risque de cancer de la thyroïde.

Tchernobyl

Après l’accident en 1986 de Tchernobyl, plus de 5 millions de personnes vivant en Biélorussie, Ukraine et dans la fédération de Russie ont été exposées aux retombées de Tchernobyl. De plus, environ 116 000 personnes évacuées et 240 000 liquidateurs (personnel affecté à la prise en charge et aux conséquences de l’accident en 1986-1987) ont aussi été exposées. Ces populations ont reçu une exposition externe secondaire aux radionucléides déposés au sol et une exposition interne liée à la consommation d’aliments contaminés (lait, légumes). La glande thyroïde était exposée principalement à l’iode 131. De nombreuses études épidémiologiques ont analysé le lien entre cancer de la thyroïde et exposition à l’iode 131, avec comme principales difficultés :
• la reconstitution de la dose reçue ;
• le biais diagnostique lié au dépistage dans ces populations et à la modification des pratiques diagnostiques (introduction de l’échographie dans les années 1990) : en effet, le cancer de la thyroïde présentant une faible létalité, la recherche accrue de pathologie thyroïdienne au sein d’une population particulière peut entraîner une augmentation du nombre de cancers diagnostiqués sans que l’incidence réelle soit augmentée ;
• l’exhaustivité et la validité des registres de cancer des régions concernées au cours du temps.

Enfants

Quatre ans environ après l’accident, une augmentation importante de l’incidence du cancer de la thyroïde chez les enfants vivant dans ces territoires a été observée. Entre 1986 et 2002, environ 5 000 cancers thyroïdiens de l’enfant ont été diagnostiqués. L’incidence de ces cancers a été multipliée par 10, passant de 0,03-0,05 cas pour 100 000 à 4 cas pour 100 000 en Biélorussie d’après les données des registres.
Deux types d’études ont été utilisés pour étudier la relation entre exposition aux radiations et survenue d’un cancer thyroïdien (tableau 48.VIrenvoi vers) :
• les études de type écologique, qui analysaient l’évolution de l’incidence du cancer de la thyroïde en fonction de la localisation géographique des populations concernées. Elles posent le problème de la validité de la reconstruction des doses reçues compte tenu de la variabilité individuelle de l’exposition en fonction du lieu d’habitation et des habitudes alimentaires. Ces études partent aussi du postulat que les flux de population sont négligeables et que les personnes exposées au moment de l’accident sont restées dans la même région pendant les 20 années suivantes ;
• les études analytiques qui reconstituaient une dose individuelle pour chaque patient de l’étude à partir de questionnaires alimentaires posent également, dans une moindre mesure, le problème de la reconstitution rétrospective des doses reçues.
Après l’accident de Tchernobyl, les études épidémiologiques, qu’elles soient de type écologique ou analytique, ont retrouvé des excès de risque de cancer de la thyroïde significatifs selon la dose reçue (Shakhtarin et coll., 2003renvoi vers; Cardis et coll., 2005renvoi vers; Ivanov et coll., 2006renvoi vers; Jacob et coll., 2006renvoi vers; Kopecky et coll., 2006renvoi vers; Likhtarov et coll., 2006renvoi vers; Tronko et coll., 2006renvoi vers). Les excès de risque par Sivert mis en évidence par les différentes études variaient entre 1,54 et 67,8 selon les modèles utilisés, avec de larges intervalles de confiance pour les estimations les plus hautes. La plupart des études, notamment les études analytiques, retrouvaient des excès de risque de l’ordre de 4 à 8 par Sv. Ces résultats sont compatibles avec ceux mis en évidence pour des expositions médicales externes.
L’importance du statut iodé des personnes au moment de l’accident a été prise en compte dans deux études (Shakhtarin et coll., 2003renvoi vers; Cardis et coll., 2005renvoi vers). Ce statut iodé, reconstitué rétrospectivement de façon indirecte, peut influencer notablement le risque de cancer. Dans l’étude de Cardis et coll. (2005renvoi vers), le risque était multiplié par 3 en cas de déficience iodée et diminué par 3 en cas de supplémentation iodée, qu’elle soit immédiate ou non. Dans l’étude de Shakhtarin et coll. (2003renvoi vers), le risque était multiplié par 2 dans les zones en déficit iodé par rapport aux zones sans déficit.

Adultes

L’étude du lien entre cancer de la thyroïde et exposition à l’iode 131 à l’âge adulte a été beaucoup moins documentée.
Une première étude d’Ivanov en 2003 (Ivanov et coll., 2003renvoi vers) s’intéressait à la population âgée de 15 à 69 ans en 1986 dans la région de Bryansk, soit 1 million de personnes (tableau 48.VIIrenvoi vers). Il retrouvait une incidence du cancer de la thyroïde plus élevée dans cette région que dans le reste de la Russie, compte tenu de l’âge et du sexe. Cependant, il n’est pas possible d’exclure que cette augmentation d’incidence puisse être en rapport avec une surveillance médicale plus importante de cette population par rapport à la population générale, ce d’autant qu’aucune relation dose-réponse n’a pu être mise en évidence.
En 2005, Ivanov a élargi son étude aux territoires contaminés de Tula, Kaluga et Orel prenant en compte 5,17 millions d’habitants âgés de 0 à 59 ans en 1986 (les enfants de moins de 14 ans en 1986 représentaient 20 % de la population étudiée) (Ivanov et coll., 2005renvoi vers).

Tableau 48.VI Descriptif des principales études sur le risque de cancer de la thyroïde chez l’enfant après Tchernobyl

Référence
Type d’étude
Description population
Nbre de cas de cancer /attendu
Dosimétrie, dose moyenne
Conclusion
Shakhtarin et coll., 2003renvoi vers
Écologique
Population Oblast Bryansk, âgée de 0 à 18 ans en 1986
34/taux d’incidence national russe
Estimation dose moyenne selon la région ; estimation du statut iodé à partir d’échantillons d’individus résidant en 1996 dans la région
ERR = 4,4 (2,8-6,6)
Risque multiplié par 2 dans les zones en déficit iodé par rapport aux zones sans déficit
Ivanov et coll., 2006renvoi vers
Écologique
Population Oblast Bryansk âgée de 0 à 17 ans en 1986
Incidence entre 1991 et 2001 dans l’Oblast/incidence nationale
Estimation dose moyenne selon la région et l’âge à l’exposition
Filles
SIR = 4,9 (4,2-5,8)
ERR = 10 (4,2-21,6)
Garçons SIR = 8,8 (6,6-11,5)
ERR = 67,8 (17,1-5 448)
Jacob et coll., 2006renvoi vers
Écologique
1 034 régions d’Ukraine et de Biélorussie
Cancers opérés entre 1990 et 2001 (registres)
Estimation dose moyenne selon l’âge à l’exposition
ERR = 18,9 (11,1-26,7)
ERR plus faible pour les filles que les garçons, diminuant avec l’âge à l’exposition
Likhtarov et coll., 2006renvoi vers
Écologique
3 Oblast du nord-est Ukraine (très contaminés)
 
Mesure des doses pour 25 % population
ERR = 8 (4,6-15)
ERR diffère significativement entre les doses mesurées et reconstruites, avec des risques plus faibles en cas de dose mesurée
Cardis et coll., 2005renvoi vers
Cas-témoins
Régions contaminées de Biélorussie et de la Russie
276, tous les cancers entre 1992 et 1998
Population 0-18 ans en 1986/1 300 témoins
Estimation des doses à partir de questionnaires individuels. Statut en iode selon la région
Pour une dose de 1 Gy
OR = 5,5 (3,1-9,5) à 8,4 (4,1-17,3) suivant le modèle
Risque multiplié par 3 si déficience iodée.
Risque diminué par 3 si supplémentation iodée
ERR = 4,5 (2,1-8,5) à 7,4 (3,1-16,3)
Tronko et coll., 2006renvoi vers
Cohorte
32 000 sujets ukrainiens de 0-18 ans en 1986 dépistés en 1998 et 2000
 
Doses mesurées individuellement
ERR = 5,25 (1,7-27,5)
Seulement 44 % de la cohorte a été soumise à un bilan médical
Kopecky et coll., 2006renvoi vers
Cas-témoins
Oblast Bryansk
66 cas identifiés entre 1986 et 1998 au sein population entre 0 et 19 ans en 1986/2 témoins par cas
Estimation des doses à partir d’un questionnaire
ERR = 1,54 (0,5-4,50) modèle loglinéaire
ERR = 48,7 (4,8-1 151) modèle linéaire

ERR : Excès de risque relatif ; OR : Odds Ratio ; SIR : Standardized Incidence Ratio

Tableau 48.VII Descriptif des principales études sur le risque de cancer de la thyroïde chez l’adulte (résidents des zones contaminées et liquidateurs) après Tchernobyl

Références
Type d’étude
Population
Nombre de cancers thyroïdiens / attendu
Dosimétrie, dose moyenne
Conclusion
Adultes résidents des zones contaminées
Ivanov et coll., 2003renvoi vers
Étude d’incidence
Région de Bryansk : population de 15-69 ans en 1986, soit 1 million de personnes, suivis de 1986-1998
1 051 cas, dont 769 entre 1991 et 1998
Dose estimée selon lieu résidence, âge à l’exposition et le sexe
Dose interne à partir des mesures faites sur 45 000 personnes et dans le lait, lieu d’habitation rural ou urbain
Hommes
Période 1986-1990 : SIR = 1,27 (0,92-1,73)
Période 1991-1998 : SIR = 1,45 (1,2-1,73)
ERR(ref ext) = – 0,4 (– 3,5-2,7)
ERR(ref int) = 0,7 (– 2,3-5,2)
Femmes
Période 1986-1990 : SIR = 1,94 (1,7-2,2)
Période 1991-1998 : SIR = 1,96 (1,82-2,1)
ERR (ref ext) = – 1,3 (– 2,8-0,1)
ERR (ref int) = – 0,9 (– 2,4-0,8)
Effet screening
Ivanov et coll., 2005renvoi vers
Étude d’incidence
Fédération russe ; région de Bryansk, Tula, Kaluga, Orel, 5,17 millions d’habitants (enfants de moins de 14 ans : 20 % population) 0-59 ans en 1986
1 708 cas adultes 1982 et 2000/1 708
Homme : 268/268,1
Femme : 1 440/1439,9
Doses reconstruites à partir de mesures individuelles ou estimées suivant la localisation géographique, l’âge, le sexe
Augmentation significative du risque de cancer période 1996-2000/1991-1995 hommes et femmes
Liquidateurs
Ivanov et coll., 2002renvoi vers
Cohorte : étude d’incidence
6 régions de Russie
99 024 personnes, dont 44 057 en 1986, dont 21 392 avril-juillet 1986
Âge moyen 34 ans
58 cas entre 1986 et 1998
Doses individuelles externes pour 72 111 personnes, dose moyenne 1986 : 168 mGy
1988-1990 : 33 mGy
Pas d’info sur dose interne
Période 1986-1991
SIR = 2,23 (1,02-4,22) effet screening
Période 1992-1998
SIR = 5,24 (3,88-6,93)
Groupe le plus à risque (arrivée 1986)
SIR = 9,16 (5,33-14,67) comparaison population russe
ERR = – 2,23 (– 4,67-0,22)
Rahu et coll., 2006renvoi vers
Cohorte : étude de mortalité et d’incidence
4 786 estoniens et 5 546 lettons suivis de 1986 à 1998
7 cas entre 1986 et 1998
Suivi 113 194 personnes-année
Dose individuelle pour 82 % des travailleurs
Dose moyenne = 1,1 Gy
Tous cancers
SIR = 1,15 (0,98-1,34)
Cancer thyroïde
SIR = 7,06 (2,84-14,55)
Pas de relation dose réponse, mais SIR = 18,1 (4,93-46,37) pour personnes arrivées en avril 1986

ERR : excès relatif de risque ; SIR : Standardized Incidence Ratio ; ref ext : contrôle extérieur ; ref int : contrôle intérieur

Il retrouvait une augmentation significative du risque de cancer de la thyroïde pour la période 1996-2000 par rapport à la période 1991-1995 chez les hommes et les femmes. Il concluait à une latence plus longue de l’apparition du cancer chez les adultes que chez les enfants.

Liquidateurs

Peu d’études ont étudié le risque de cancer de la thyroïde chez les liquidateurs. Une étude conduite par Ivanov en 2002 (Ivanov et coll., 2002renvoi vers) a analysé l’incidence du cancer de la thyroïde chez environ 99 000 liquidateurs russes, dont la moitié étaient présents en 1986 (dont un sous-groupe de 21 000 présents d’avril à juillet 1986, lors des expositions les plus fortes). Les doses individuelles externes étaient connues pour 72 000 individus avec une dose moyenne de 168 mGy en 1986 contre 33 mGy en 1988. Les taux d’incidence par rapport à la population générale étaient significativement augmentés pour la période 1986 à 1991 témoignant d’un effet dépistage au sein de cette population, compte tenu du délai de latence entre l’exposition et la survenue du cancer. L’excès de risque persistait sur la période 1992-1998, avec un taux d’incidence multiplié par 9 pour la population la plus à risque (celle arrivée en 1986). Cependant, une relation dose-réponse n’a pas pu être mise en évidence, ne permettant pas d’exclure un effet dépistage au sein de cette population.
Une autre étude, réalisée par Rahu (Rahu et coll., 2006renvoi vers) concernant les liquidateurs des pays baltes, a suivi 4 786 estoniens et 5 546 lettons de 1986 à 1998, et retrouvait un taux de cancer de la thyroïde multiplié par 7 par rapport à la population générale, sans mise en évidence d’une relation dose-réponse, ne permettant pas d’exclure, comme dans l’étude précédente, l’effet d’une surveillance médicale plus rapprochée que dans la population générale.
Compte tenu des faibles doses reçues et de l’âge relativement tardif de l’exposition, ces résultats sont cohérents avec ceux mis en évidence dans la cohorte de Hiroshima-Nagasaki, qui ne retrouve pas d’excès de cancer de la thyroïde pour des expositions à l’âge adulte.

Retombées de Tchernobyl en Europe

Plusieurs études ont retrouvé des augmentations de l’incidence des cancers de la thyroïde en Europe, notamment en Suède, en Italie, au Luxembourg, en République Tchèque et en Suisse (Cotterill et coll., 2001renvoi vers; Chiesa et coll., 2004renvoi vers; Mürbeth et coll., 2004renvoi vers; Tondel et coll., 2004renvoi vers et 2006renvoi vers; Montanaro et coll., 2006renvoi vers). Aucune étude ne présentait une analyse de la relation dose-effet, rendant difficile l’interprétation des résultats, quand au rôle potentiel de Tchernobyl dans cette augmentation des cancers thyroïdiens.
Une évaluation quantitative à partir des données d’exposition a été réalisée pour l’Europe par le Circ (Cardis et coll., 2006renvoi vers). Vingt ans après l’accident, cette étude estime que 1 000 cancers de la thyroïde (dont 600 cas pour exposition avant 15 ans) et 4 000 autres cancers ont été induits par les retombées de Tchernobyl, dont environ la moitié pour les zones contaminées de Belarus, Russie et Ukraine. Une projection à 80 ans prévoit 16 000 cancers de la thyroïde et 25 000 autres cancers attribuables à Tchernobyl (plusieurs centaines de millions attendus dans le même temps). Ce type de projection est difficile compte tenu des incertitudes sur l’évolution spontanée des taux d’incidence de cancer sur une aussi longue période.

Retombées de Tchernobyl en France

La France se situe parmi les taux moyens d’incidence dans les pays d’Europe de l’ouest. Une augmentation annuelle de l’incidence de 6 % entre 1982 à 2001 a été montrée. Cette augmentation est antérieure à l’accident de Tchernobyl et ne semble pas s’accélérer depuis 1986. Une partie de l’augmentation de l’incidence peut s’expliquer par l’évolution des pratiques médicales (Leenhardt et coll., 2004arenvoi vers et brenvoi vers). Actuellement, des études sont en cours pour évaluer d’autres facteurs de risques (hormonaux, nutritionnels et génétiques).
Il n’a pas été mis en évidence d’augmentation de l’incidence des cancers de la thyroïde de l’enfant en France après Tchernobyl. Cependant, compte tenu de l’incidence très faible de ces cancers chez l’enfant et de l’absence de registre national des tumeurs pédiatriques pour la période d’intérêt (avant 2000), une augmentation modérée aurait été difficile à mettre en évidence.
Deux évaluations quantitatives des risques ont été réalisées pour la France en fonction des données d’exposition disponibles :
• l’une réalisée par le Circ qui estime de 10 à 270 le nombre de cancers attribuables à Tchernobyl pour la période 1986-2006 (Cardis et coll., 2006renvoi vers) ;
• l’autre réalisée par l’IRSN et l’InVS (Verger et coll., 2003renvoi vers), qui estime de 1 à 22 le nombre de cas attribuables à Tchernobyl pour la période 1991-2000 et de 11 à 55 pour la période 1991-2015. Cette étude prenait en compte l’évolution des taux d’incidence des dernières années.
Une étude cas-témoins, incluant tous les cas de cancer différenciés de la thyroïde diagnostiqués dans l’est de la France de 2002 à 2006 chez des patients de moins de 15 ans au moment de l’accident de Tchernobyl est en cours de réalisation par l’unité Inserm 605. Elle devrait être achevée en 2009 et inclure environ 1 000 cas et 1 000 témoins.

Autres accidents nucléaires

Ils sont moins informatifs en matière de cancers radioinduits de la thyroïde. Ce sont essentiellement les accidents de :
• Windscale (Sellafield, 1957) avec un dégagement d’iode 131 sous forme d’un nuage. Les doses estimées reçues au niveau de la thyroïde étaient en moyenne de 1,86 Gy (médiane 0,10 Gy) ;
• Hanford, Washington avec le relargage dans l’atmosphère d’iode 131 entre 1944 et 1957. La dose moyenne reçue à la thyroïde était de 0,186 Gy (médiane 0,1 Gy). Il n’a pas été mis en évidence de corrélation entre la dose reçue et le risque de cancer mais la reconstitution dosimétrique était discutable (2000). Une étude récente, qui a comparé la mortalité par cancer dans les régions les plus contaminées par rapport à des régions non contaminées ne retrouvait pas d’excès de cancer de la thyroïde pour les personnes exposées (RR = 0,84 ; IC 95 % [0,56-1,26] ; Boice et coll., 2006renvoi vers). Il n’y avait pas non plus d’excès de pathologies thyroïdiennes non cancéreuses (hypothyroidie, thyroïdite) selon la dose reçue (Davis et coll., 2004renvoi vers) ;
• Three mille Island, Pennsylvanie en 1979, avec 550 109 Bq relargués. Il n’a pas été mis en évidence d’effet significatif sur l’incidence des cancers de la thyroïde sur 32 155 personnes étudiées (Talbott et coll., 2000renvoi vers).

Essais nucléaires

Les travaux de l’Unscear sont à souligner. Néanmoins cette rubrique est peu documentée :
• Nevada : des essais d’armes nucléaires ont été réalisés entre 1951 et 1962 avec une dose collective estimée à 3,7.106 personnes-Gy. Une cohorte d’environ 3 500 enfants exposés a été constituée en 1965. Une réanalyse récente des données dosimétriques et des pathologies thyroïdiennes observées a montré une augmentation significative des nodules thyroïdiens et des pathologies auto-immunes pour les catégories de dose les plus fortes avec une relation dose-effet significative (Lyon et coll., 2006renvoi vers) ;
• Îles Marshall (Bikini, Rongelap, 1954) : essais entre les années 1946 et 1958; augmentation des nodules thyroïdiens en général et des cancers en particulier ;
• Semi-Palatinsk (Kazakstan) : essais réalisés entre 1949 et 1989 pour une dose collective : environ 10 000 personnes-sievert pour la thyroïde. Une cohorte incluant 19 545 habitants de la région a été mise en place en 1960. Les doses cumulées estimées variaient entre 20 mSv et 4 Sv. Une étude parue en 2005 (Bauer et coll., 2005renvoi vers) analysait la mortalité par cancer entre 1960 et 1999 par rapport à une population témoin. Un excès de mortalité par cancer était observé avec une relation dose-effet significative. En revanche, il n’était pas mis en évidence d’augmentation de mortalité pour le cancer de la thyroïde ;
• Nova Zemlya (URSS) : 90 explosions. Pas d’expertise dosimétrique disponible ;
• Lop Nor (Chine) : dose à la thyroïde estimée pour la population exposée égale à 0,059-2,5 mGy et 0,14 mGy pour l’ensemble de la population chinoise (Bouville et coll., 2002renvoi vers).
En ce qui concerne le Sahara, la France a réaliséé, de 1960 à 1966, 4 essais atmosphériques, à Reggane et 13 essais souterrains à In Ekker1 . Pour les essais atmosphériques, les valeurs mesurées les plus élevées pour le personnel et pour les populations locales ont été comprises entre 50 et 100 mSv. Dans le cadre des essais souterrains, l’expérimentation Beryl (1er Mai 1962>) a entraîné localement une exposition supérieure à 50 mSv et 9 militaires ont reçu une dose estimée à 600 mSv. L’expérimentation atmosphérique initiale (Gerboise bleue) et l’expérimentation souterraine Rubis (20 octobre 1963) ont entraîné des retombées importantes. Deux expertises externes ont été pratiquées. L’expertise de l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques) montre que sur 24 000 personnes ayant bénéficié d’une dosimétrie externe, 102 ont dépassé la dose de 50 mSv et 12 des doses comprises entre 200 et 600 mSv. Il n’existe pratiquement pas d’informations sur les expositions comprises entre 50 et 20 mSv.
En Polynésie française, la France a mené des essais nucléaires dans les atolls de Mururoa et de Fangataufa. Ces essais ont été atmosphériques de 1966 à 1974 puis souterrains de 1975 à 1996. Des résultats dosimétriques moyens calculés pour les populations locales dans les différents atolls polynésiens ont été publiés par le ministère de la Défense en 2007 (la dimension radiologique des essais nucléaires français en Polynésie ; à l’épreuve des faits). La dose à la thyroïde pour l’ensemble des essais est, dans ce rapport, estimée entre 4,4 et 16,2 mSv pour les adultes et entre 14,1 et 48,7 mSv pour les enfants âgés de 1 à 2 ans.
Comme pour le cas du Sahara, les dosimétries individuelles des personnels civils et militaires affectés aux essais ne sont pas publiées.
Une étude cas-témoins a été réalisée par l’Unité Inserm 605 en Polynésie et concernait 229 cas de cancers différenciés de la thyroïde diagnostiqués entre 1985 et 2002 et 373 témoins de population générale appariés sur l’âge et sur le sexe. La dosimétrie a été effectuée à partir de l’ensemble des rapports de la France à l’Unscear et des données météorologiques collectées sur 8 stations polynésiennes 8 fois par jour 21 jours avant et 7 jours après chacun des 41 essais atmosphériques, ainsi qu’une enquête alimentaire réalisée par l’armée française (Drozdovich et coll., 2008renvoi vers). Une relation significative a été montrée entre la dose de radiation reçue par les sujets qui avaient moins de 5 ans au moment des essais nucléaires et le risque de cancer de la thyroïde, ceci en particulier pour les filles qui ont eu, ultérieurement, un grand nombre d’enfants. Cette relation n’explique cependant qu’une dizaine de cas de cancer en près de 20 ans, l’incidence élevée des cancers thyroïdiens dans ce territoire étant probablement attribuable à des facteurs hormonaux, reproductifs et à l’obésité. À titre individuel, il est possible d’avoir recours à la dosimétrie biologique.

Dosimétrie biologique

Déjà soulignée par Rossi et Zaider (1996renvoi vers) pour Hiroshima, la dosimétrie biologique vise à calculer la dose moyenne à l’organisme par l’étude des anomalies chromosomiques lymphocytaires (chromosomes dicentriques instables et translocations stables) (International Atomic Energy Agency, Vienne, 2001renvoi vers).
Les chromosomes dicentriques, en dehors d’une irradiation très intense peuvent persister pendant des décennies après irradiation pour une spondylarthrite ankylosante (Buckton et coll., 1983renvoi vers), après Hiroshima (Awa, 1997renvoi vers), après Tchernobyl (Slozina et coll., 1997renvoi vers). Leur présence est très évocatrice d’irradiation mais leur faible nombre, après de tels délais, constitue, malgré quelques résultats à souligner (Violot et coll., 2005renvoi vers), plus une trace d’irradiation qu’un outil dosimétrique. Les translocations peuvent, outre les irradiations, être dûes à des facteurs environnementaux. Néanmoins, après étalonnage elles constituent un élément majeur de dosimétrie rétrospective, surtout depuis l’arrivée de l’hybridation in situ par Fluorescent In Situ Hybridisation (FISH) (Kodama et coll., 2001renvoi vers; Nakano et coll., 2001renvoi vers; Edwards et coll., 2005renvoi vers), ce qui vient d’être clairement démontré par Bhatti et coll. (2007renvoi vers).
Cette méthodologie trouve d’ailleurs son application dans une étude menée conjointement par l’Université Ramsey (Palmerston North, Nouvelle Zélande) et l’UPRES EA 27-10 (Villejuif, France). Ce travail, reposant sur l’appréciation des translocations, mais aussi des dicentriques et des anomalies chromosomiques complexes, conclut à une importante probabilité d’irradiation de marins Néo-Zélandais lors des essais nucléaires Britanniques menés dans le pacifique en 1957/1958 (Wahab et coll., 2008renvoi vers).

Autre exposition environnementale

Un cas de contamination du matériel de construction d’un immeuble par du cobalt à Taïwan a été rapporté en 1992. Il s’agissait d’une contamination en 1982 de matériel de construction par une source de cobalt. Cent quatre vingt et un bâtiments construits entre 1982 et 1984 étaient concernés, et environ 10 000 personnes exposées pour une durée de 1 à 11 ans.
Une étude réalisée par Hwang et coll. en 2006 (Hwang et coll., 2006renvoi vers) a étudié le risque de cancer secondaire à cette exposition. Une cohorte de 7 221 personnes exposées a été mise en place avec une durée de suivi de 101 560 personnes-années. L’exposition cumulée moyenne était de 48 mSv. Il a été mis en évidence un excès de leucémie et de cancer de la thyroïde avec un SIR à 2,6 (1-5,7) pour ce dernier cancer. Une relation dose-réponse n’a pas été mise en évidence, mais le nombre de cas de cancer était faible (n = 6).

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