Cancer du poumon

2008


ANALYSE

6-

Polymorphismes génétiques

C’est sur le cancer du poumon qu’ont été initiées, à la fin des années 1980, les premières études concernant les SNPs1 de gènes impliqués dans le métabolisme des toxiques chimiques (Caporaso et coll., 1989renvoi vers). La liste des polymorphismes des enzymes du métabolisme rapportée dans ce chapitre n’est pas exhaustive. Nous présentons ceux pour lesquels des méta-analyses ou analyses groupées ont été réalisées et publiées. Ces synthèses permettent en effet d’avoir une vision d’ensemble du rôle d’un polymorphisme dans la survenue du cancer du poumon.

Cytochrome P450

La famille des cytochromes P450 est très largement impliquée dans le métabolisme des substances exogènes. CYP1A1 est un gène de la phase I qui est impliqué dans le métabolisme des hydrocarbures polycycliques aromatiques. Deux variants ont été décrits, le premier dans l’intron 6 (polymorphisme Msp1) et le second dans l’exon 7. Ces deux polymorphismes semblent par ailleurs liés. Les résultats du lien entre CYP1A1 et le risque de cancer du poumon sont assez discordants. Des associations significatives et positives ont été observées dans les populations japonaises (Nakachi et coll., 1991renvoi vers; Okada et coll., 1994renvoi vers). Ces associations semblaient par ailleurs plus fortes chez les sujets « petits fumeurs » par rapport à des sujets « grands fumeurs » (Nakachi et coll., 1993renvoi vers). En dehors de ces populations japonaises, les résultats ont été beaucoup plus discordants. Deux méta-analyses ont été conduites sur les polymorphismes de CYP1A1 et le risque de cancer du poumon (Houlston, 2000renvoi vers; Vineis et coll., 2003renvoi vers). À partir de 15 études, Houlston montre un effet très modeste et non significatif des 2 polymorphismes avec un OR = 1,1 (IC 95 % [0,9-1,2]) pour Msp1 et un OR à 1,3 (IC 95 % [0,9-1,8]) pour l’exon 7. La méta-analyse de Vineis et coll. (2003renvoi vers) a, en revanche, mis en évidence un OR de cancer du poumon associé au polymorphisme MspI de 2,4 (IC 95 % [1,2-4,8]) dans les études impliquant des populations caucasiennes. Ce résultat n’était pas retrouvé dans les populations asiatiques.

GSTM1

GSTM1 est une enzyme de phase II qui permet la conjugaison de substances électrophiles susceptibles de former des adduits à l’ADN avec des molécules de glutathion pour créer des composés hydrophiles moins réactifs pouvant être excrétés dans les urines. Environ 50 % de la population caucasienne présente une délétion complète du gène GSTM1, conduisant à une enzyme totalement inactive (Garte et coll., 2001renvoi vers). Ces sujets ont donc une capacité de conjugaison moindre et un risque de cancer du poumon potentiellement plus élevé.
De très nombreuses études de la relation entre le polymorphisme de GSTM1 et le risque de cancer du poumon ont été développées. Une méta-analyse sur 130 études a été publiée très récemment (Ye et coll., 2006renvoi vers). Elle met en évidence un OR de cancer du poumon de 1,18 (IC 95 % [1,14-1,23]). Ce résultat confirme la méta-analyse de Benhamou et coll. (2002renvoi vers) qui a mis en évidence à partir de la réunion de 43 études un OR de cancer du poumon de 1,17 (IC 95 % [1,07-1,27]).
De nombreuses études se sont également intéressées aux effets conjoints des polymorphismes de CYP1A1 et GSTM1. Hung et coll. (2003renvoi vers) ont réuni 14 études cas-témoins sur les cancers du poumon dans des populations caucasiennes non fumeuses. Les résultats mettent en évidence une relation assez forte avec le polymorphisme de l’exon 7 (OR = 3 ; IC 95 % [1,5-5,9]) et une association beaucoup plus modérée et très proche du point de vue de l’estimation de l’association des deux méta-analyses citées ci-dessus pour le polymorphisme de GSTM1 (OR = 1,2 ; IC 95 % [0,9-1,6]). L’étude de l’effet conjoint des 2 polymorphismes mettait en évidence un OR de cancer du poumon relativement élevé chez les sujets présentant les 2 mutations délétères (OR = 4,7 ; IC 95 % [2,0-10,9]).

Glutathion-S-transférases

GSTP1 est un membre de la famille des glutathion-S-transférases. C’est également une enzyme de la phase II, dont l’expression dans le poumon est forte. Deux polymorphismes ont été identifiés sur le gène GSTP1 qui confèrent une perte d’activité enzymatique (Saarikoski et coll., 1998renvoi vers). La méta-analyse de Ye et coll. (2006renvoi vers) a réuni 25 études cas-témoins sur le cancer du poumon et le polymorphisme de GSTP1 105V. Le méta-OR de cancer du poumon était de 1,04 (IC 95 % [0,99-1,09]). Un nombre plus restreint d’études (n = 4) ont concerné le polymorphisme 114V de GSTP1. Le méta-OR de cancer du poumon était de 1,1 (IC 95 % [0,9-1,4]).
GSTT1 est un autre membre de la famille des glutathion-S-transférases, impliqué dans le métabolisme des petites molécules (par exemple les molécules de monohalométhane et d’oxyde d’éthylène du tabac). Le polymorphisme de GSTT1 est lié à une délétion allélique complète qui concerne environ 10-20 % de la population caucasienne (Garte et coll., 2001renvoi vers). Le polymorphisme de GSTT1 est en général décrit comme non associé au risque de cancer du poumon (Wu et coll., 2004renvoi vers). La méta-analyse de Ye et coll. (2006renvoi vers) a réuni 44 études cas-témoins. Le méta-OR estimé est de 1,1 (IC 95 % [1,0-1,2]).

EPHX

EPHX est un gène impliqué à la fois dans la phase d’activation et de détoxification de molécules présentes dans la fumée de tabac. Deux polymorphismes ont été mis en évidence (sur l’exon 3 et sur l’exon 4). Ils entraînent une variabilité de l’activité de l’époxyde hydrolase. Une méta-analyse récente a réuni 13 études cas-témoins sur le cancer du poumon (Kiyohara et coll., 2006renvoi vers). Le polymorphisme de l’exon 3 entraîne une diminution de l’activité enzymatique. Le risque de cancer du poumon associé à ce polymorphisme était non significatif sur l’ensemble des 13 études. La sélection d’études incluant des populations caucasiennes mettait en évidence une diminution du risque de cancer du poumon (méta-OR = 0,6 ; IC 95 % [0,4-1,0]). Le polymorphisme de l’exon 4 était associé à une augmentation modérée non significative du risque (OR = 1,3 ; IC 95 % [0,9-1,9]). En 2002, une analyse sur données regroupées avait été publiée (Lee et coll., 2002renvoi vers). Les résultats montraient une diminution modérée du risque de cancer du poumon associé au polymorphisme de l’exon 3 (OR = 0,7 ; IC 95 % [0,5-1,0]), et une augmentation également modeste associé au polymorphisme de l’exon 4 (OR = 1,18 ; IC 95 % [0,9-1,5]).
De nombreux autres gènes ont été investigués avec le cancer du poumon (par exemple CYP2E1, CYP2A6, CYP2A13, CYP2D6, NAT1, NAT2…). Les résultats de ces études ressemblent à ceux présentés ci-dessus avec des résultats plus ou moins concordants et des associations modestes, entre 1 et 2.

Gènes de réparation de l’ADN

D’autres gènes peuvent influencer le risque de cancer, notamment ceux intervenant dans la réparation de l’ADN. Puisque des anomalies de presque toutes les voies de réparation conduisent à des prédispositions importantes à développer des cancers, on peut imaginer qu’une diminution de la capacité individuelle à réparer l’ADN puisse aussi constituer un facteur de risque de cancer. Des études ont mis en évidence une corrélation entre la capacité de réparation et certains polymorphismes de gènes de la réparation (Benhamou et Sarasin, 2005renvoi vers, pour revue) et les effets de polymorphismes de gènes impliqués dans divers systèmes de réparation (BER, NER et DSBR en particulier) sur le risque de cancer du poumon ont été évalués. Seuls les résultats d’études internationales et de méta-analyses sont résumés ici.
Concernant le système BER, Hung et coll. (2005renvoi vers) rapportent pour le polymorphisme Ser326Cys du gène OGG1 (8-oxoguanine DNA glycosylase) une augmentation du risque de cancer du poumon associée au génotype Cys/Cys (OR = 1,24 ; IC 95 % [1,01-1,53]) dans une méta-analyse de 7 études portant sur plus de 3 000 cas et 3 000 témoins. En revanche, aucune association n’a été observée pour les polymorphismes Arg194Trp et Arg280His du gène XRCC1 (X-ray repair cross-complementing group 1) et le polymorphisme Asp148Glu du gène APEX1 (apurinic/apyrimidic endonuclease).
Plusieurs études ont analysé deux polymorphismes du gène XPD/ERCC2 (Asp312Asn et Lys751Gln), impliqués dans la NER, et ont fait l’objet de deux méta-analyses (Benhamou et Sarasin, 2005renvoi vers; Manuguerra et coll., 2006renvoi vers). Le risque de cancer du poumon chez les individus porteurs de l’allèle variant au codon 312 (génotypes GA+AA) n’est pas significativement augmenté par rapport aux sujets homozygotes pour l’allèle de référence (génotype GG). Une faible augmentation du risque, de l’ordre de 10 %, a été observée chez les sujets porteurs de l’allèle codant la Gln à la position 751 dans une des deux méta-analyses (Manuguerra et coll., 2006renvoi vers).
Deux méta-analyses récentes (Manuguerra et coll., 2006renvoi vers; Han et coll., 2006renvoi vers) ont par ailleurs évalué l’effet du polymorphisme Thr241Met du gène XRCC3 (X-ray cross-complementing group 3), impliqué dans la voie de recombinaison homologue du système de réparation des cassures double brin. Aucune association avec le cancer du poumon n’a été mise en évidence.
En conclusion, les effets de la variabilité individuelle du métabolisme des substances exogènes et de la réparation de l’ADN sont modestes. Les associations mises en évidence se situent aux alentours de 1,5. À notre connaissance, aucun des polymorphismes étudiés n’est reconnu comme associé causalement au cancer du poumon. La principale difficulté dans l’interprétation de ces études est due à la faible reproductibilité des résultats. Il est bien évident que les effets modestes sont plus difficiles à mettre en évidence que des effets forts. Les études présentées ici se sont intéressées à différents polymorphismes considérés isolément. Il est maintenant reconnu que c’est l’association de configurations délétères qu’il faudrait prendre en considération. Nous avons cité l’exemple des polymorphismes de CYP1A1 et GSTM1 considérés dans leurs effets conjoints. Beaucoup d’études n’avaient cependant pas la puissance pour étudier les effets conjoints de ces polymorphismes, en particulier quand ils concernent des petites fractions de populations.
Ainsi, il s’agit d’un axe de recherche en développement. Les nouvelles études réalisées incluent un nombre substantiellement plus élevé de sujets afin de pouvoir s’intéresser avec une puissance suffisante aux effets modestes de ces variations génétiques.

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