I. Substances psychoactives

2014


ANALYSE

1-

Usages de substances psychoactives : données épidémiologiques et sociales

Les usages de produits psychoactifs en population adolescente sont documentés en France depuis la fin des années 1990 à l’aide de trois enquêtes : HBSC (Health Behaviour in School-aged Children), Espad (European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs) et Escapad (Enquête sur la santé et les consommations réalisée lors de la Journée Défense et Citoyenneté) permettant de couvrir l’ensemble de la période 11-17 ans. Ces enquêtes représentatives de la population générale adolescente décrivent les consommations de substances psychoactives et permettent d’en étudier les principaux facteurs susceptibles d’influencer les usages, comme la précocité, le genre, la situation familiale ou scolaire. Elles complètent un dispositif qui interroge les adultes de 18 à 85 ans, afin de couvrir de façon exhaustive l’ensemble de la population résidant en France, ce dernier dispositif ayant donné lieu à une exploitation spécifique sur les 15-30 ans (Beck et Richard, 2013renvoi vers).
Il convient d’emblée de préciser que le système d’observation et de description quantitatif des comportements d’usage de drogues, s’il est encore récent comparativement aux pays anglo-saxons notamment, compte parmi les plus complets d’Europe avec ces quatre grandes enquêtes représentatives. Le besoin de quantifier les usages de drogues est apparu au début des années 1990 avec l’irruption du VIH et la préoccupation pressante d’une réponse sanitaire dans laquelle la notion de risque (associé) a occupé une place centrale. Les enquêtes s’inscrivaient initialement dans un paradigme épidémiologique dont elles restent encore aujourd’hui en partie imprégnées. Toutefois, le besoin de décrire la diversité des usages sociaux de drogues et de replacer les pratiques dans des contextes plus larges ont conduit ce dispositif vers la sociologie quantitative et l’épidémiologie sociale plus à même de caractériser les contextes d’usage et leurs motivations. Si les approches sociologiques et qualitatives ont pu se développer et démontrer leur pertinence dans la compréhension des comportements d’usage et notamment dans celle des trajectoires, il n’en demeure pas moins que la place des sciences sociales dans l’étude des usages de drogues reste encore trop faible en France.
Au sein des pays de l’Union européenne, le dispositif d’observation mis progressivement en place en France est devenu en quelques années l’un des plus riches, s’appuyant sur des enquêtes validées au niveau international. Il offre ainsi un descriptif rigoureux des niveaux d’usage (voire des usages à risque, d’abus ou de la dépendance) des différents produits psychoactifs licites ou illicites en population adolescente en France sur une période de plus de dix ans. Le contexte international de deux de ces enquêtes (HBSC et Espad) permet de comparer les niveaux de consommation des jeunes français à ceux de leurs homologues européens et la taille importante de l’échantillon de l’enquête Escapad autorise notamment une approche régionale des usages. Par ailleurs, des questions spécifiques permettent d’étudier l’accessibilité perçue des produits, la place des boissons énergisantes ou des prémix, ainsi que les principaux facteurs associés aux usages de drogues.

Sources de données

Les enquêtes en population générale (ici adolescente) sont les seuls outils permettant de décrire les pratiques de consommation de produits psychoactifs, licites ou illicites, et de les quantifier de façon à connaître leur « vraie » proportion dans la population (encadrés 1.1 et 1.2). En cela, elles sont complémentaires des approches ethnographiques (qui décrivent en détail les pratiques de petits groupes d’individus ciblés), des données d’activité des services répressifs (dans le cas des produits illicites ou des infractions commises dans l’usage des produits licites) ou sanitaires (qui décrivent les conséquences en termes de santé des usages des produits licites ou non).
Les trois enquêtes menées en France auprès des adolescents sont auto-administrées (questionnaires papiers), anonymes et confidentielles. Elles reposent sur des questionnements relativement courts (de 30 à 50 minutes) essentiellement composés de questions fermées. Deux sont quadriennales et se déroulent en milieu scolaire. L’enquête HBSC, réalisée depuis 1995 (2002 en France) dans une quarantaine de pays d’Europe et d’Amérique du Nord, interroge les élèves de 11, 13 et 15 ans sur leurs comportements de santé (Godeau et coll., 2012renvoi vers) (cf. Annexe 3). L’enquête Espad, réalisée en France depuis 1999 et dont le dernier exercice publié a été mené en 2011, permet pour sa part d’observer les usages des jeunes gens scolarisés âgés de 16 ans dans 35 pays d’Europe dont la France (Hibell et coll., 2012renvoi vers ; Spilka et Le Nézet, 2013renvoi vers) (cf. Annexe 3). Enfin, menée régulièrement depuis 2000, l’enquête Escapad sur la santé et les consommations réalisée lors de la Journée Défense et Citoyenneté (JDC), permet de faire le point sur les niveaux de consommation de substances psychoactives à la fin de l’adolescence (Spilka et coll., 2012renvoi vers) (cf.Annexe 3). Ces trois enquêtes documentent la diffusion des usages de substances tout au long de l’adolescence, entre 11 et 17 ans1 , et apportent un éclairage spécifique sur les usages les plus précoces. Réalisées à l’âge des premières consommations et des premières ivresses, elles permettent d’en étudier le contexte ainsi que certaines des circonstances dans lesquelles, le cas échéant, les usages de substances « s’installent » dans la vie des jeunes.
Ces enquêtes ont vocation à renseigner sur les grandes tendances en matière d’usage, mais ne sont guère aptes à fournir un « diagnostic addictologique » permettant d’obtenir un nombre précis d’adolescents dépendants ou présentant des conduites d’abus, en raison du mode de recueil des données et de l’absence d’entretien clinique avec un médecin. Des trois enquêtes, Escapad, centrée sur la fin de l’adolescence, est vraisemblablement celle qui distingue le mieux les adolescents réellement engagés dans la (ou les) consommation(s). Cette enquête intègre en effet un test de repérage des consommations problématiques de cannabis validé en population générale et clinique adolescente (le test CAST – Cannabis Abuse Screening Test) (Legleye et coll., 2011brenvoi vers, 2012brenvoi vers et 2013crenvoi vers). Le dernier exercice comportait également des questions concernant les pratiques d’usage les plus à risque. Ainsi, en 2011, 0,4 % des adolescents de 17 ans ont précisé avoir déjà eu l’occasion de s’injecter une drogue et 5 % des adolescents ont obtenu un score au test CAST les identifiant comme usagers problématiques de cannabis (7 % des garçons et 3 % des filles2 ) (Le Nezet, 2013renvoi vers ; Spilka et coll., 2013arenvoi vers). Cette proportion s’élève à 18 % parmi les usagers qui ont consommé du cannabis dans l’année (23 % pour les garçons et 13 % parmi les filles) (encadré 1.3). Concernant les usages problématiques d’alcool, on peut regretter l’absence d’échelle de repérage spécifique pour la population adolescente même si le test de l’AUDIT (Alcohol Use Disorders Identification Test) pourrait être utilisé dans cette population (Knight et coll., 2003renvoi vers ; Reinert et Allen, 2007renvoi vers). Cependant, il est probable que la mesure des fréquences d’ivresses ou des API (alcoolisations ponctuelles importantes, soit avoir bu au moins 5 verres lors d’une même occasion), permette d’approcher des comportements d’alcoolisation potentiellement problématiques dès lors que ces formes d’alcoolisation excessive se répètent. Ainsi, en 2011, un adolescent de 17 ans sur dix a déclaré avoir été ivre au moins dix fois dans l’année et 2,1 % avoir eu dix API ou plus au cours du dernier mois.
Enfin, comme toutes les enquêtes sur des sujets sensibles, les enquêtes quantitatives auprès des adolescents présentent quelques limites qu’il faut rappeler.
Les données sont obtenues par des questionnaires auto-administrés : le sujet portant sur des pratiques parfois illicites, des sous-déclarations mais aussi des sur-déclarations peuvent avoir lieu :
• le statut légal et l’évolution des produits (comme ce fut récemment le cas pour les poppers, voir infra), le cadre répressif et sa connaissance par les jeunes, les représentations sociales des produits et de leurs consommateurs, la conduite de campagnes de santé publique ou de prévention des usages, mais aussi les niveaux d’usage dans la population, peuvent faciliter ou au contraire décourager les réponses positives indépendamment de la réalité des usages ;
• dans le cas de l’enquête Espad, où la disposition des élèves n’est pas modifiée dans les classes participantes (les ami(e)s se trouvant généralement côte à côte), des effets de sur-déclaration (en particulier des expérimentations) peuvent être suspectés, dans le but de produire une image valorisante de soi.
L’organisation de ces enquêtes se heurte aussi à quelques difficultés qui ne sont pas sans lien avec les usages de drogues :
• dans les enquêtes HBSC et Espad, les refus des établissements scolaires, de certains élèves ou de leurs parents ainsi que l’absentéisme des élèves peuvent être corrélés aux pratiques que l’on cherche à observer. Ainsi, environ 10 % des élèves d’une classe donnée sont absents le jour de l’enquête (alors que les élèves qui « sèchent » consomment plus que les autres ; Grube et coll., 1989renvoi vers) et certains chefs d’établissements scolaires refusent ces enquêtes parce que la thématique est jugée trop sensible dans le contexte de l’établissement ;
• l’enquête Escapad menée lors de la Journée Défense et Citoyenneté (JDC) présente certains avantages de ce point de vue : le taux de participation est exceptionnellement élevé (cette journée est obligatoire pour tous les jeunes Français âgés de 17 ans), elle permet d’inclure des jeunes sortis du système scolaire, et son déroulement hors du cadre scolaire limite les complicités susceptibles d’exister entre les élèves d’une même classe. Toutefois, elle se borne à une période circonstanciée de l’adolescence (17 ans) et n’inclut pas, par définition, les jeunes de nationalité étrangère et les plus marginaux qui refuseraient de venir (ou viendraient plus tard) à la JDC.
Finalement, les trois enquêtes présentent aussi des limites pour l’observation des comportements les plus marginaux : ces comportements étant rares dans la population, leur description précise nécessiterait des échantillons de taille très importante.
Toutefois, il faut noter que la méthodologie de ces enquêtes est validée par des comités d’experts issus de très nombreux pays (une cinquantaine pour HBSC, une quarantaine pour Espad). Les nombreux tests et évaluations de qualité dont elles font fréquemment l’objet montrent que les jeunes ont confiance dans l’anonymat et la confidentialité des dispositifs d’enquêtes et que leurs réponses sont très largement sincères. Les données ainsi recueillies sont de grande qualité et utilisées par de très nombreux pays pour des besoins de santé publique mais aussi de recherche (Muscat et coll., 2007renvoi vers).

Diffusion des usages selon le sexe et l’âge

Actuellement, l’ensemble des données d’enquêtes auprès des adolescents disponibles en France permet d’une part de suivre l’évolution des consommations depuis plus de dix ans pour certaines d’entre elles et, d’autre part, de couvrir toute la période de l’adolescence grâce à l’élargissement des échantillons des volets français des enquêtes HBSC en 2010 et Espad en 2011 à l’ensemble des élèves du second degré (et plus uniquement aux seuls élèves âgés de 11, 13, 15 et 16 ans, populations de références de ces enquêtes internationales).

Expérimentations de substances psychoactives

Calendriers des expérimentations d’alcool, de tabac et de cannabis

Si, quel que soit le produit considéré, les niveaux d’expérimentation3 augmentent mécaniquement avec l’âge, les progressions varient d’une substance à une autre (figures 1.1Renvoi vers et 1.2Renvoi vers). Pour le tabac, le niveau d’expérimentation se situe à environ 20 % dès 12 ans et les proportions d’expérimentateurs croissent vite avant 15 ans, puis le rythme de progression se fait de moins en moins soutenu et l’écart entre les sexes diminue pour s’inverser légèrement vers 17 ans. Pour le cannabis, les prévalences de l’expérimentation sont très faibles à 12 ans, augmentent très vite jusqu’à 16 ans et progressent plus faiblement ensuite. L’expérimentation de l’alcool est déjà généralisée à 12 ans : la progression est donc plus lente, notamment à partir de 14 ans, et se caractérise surtout par un rattrapage des filles.
Figure 1.1 Expérimentations du tabac, du cannabis et de l’alcool chez les garçons : prévalences au cours de la vie par âge entre 2003 et 2010/11 (d’après Beck et coll., 2007arenvoi vers ; Godeau et coll., 2012renvoi vers ; Spilka et coll., 2012renvoi vers) (Sources : Espad 2003, HBSC 2010, Espad 2011 et Escapad 2011)
Figure 1.2 Expérimentations du tabac, du cannabis et de l’alcool chez les filles : prévalences au cours de la vie par âge entre 2003 et 2010/11 (d’après Beck et coll., 2007arenvoi vers ; Godeau et coll., 2012renvoi vers ; Spilka et coll., 2012renvoi vers) (Sources : Espad 2003, HBSC 2010, Espad 2011 et Escapad 2011)
La diffusion de cannabis au cours de l’adolescence présente deux phases distinctes : une première période où la diffusion reste faible et limitée correspondant aux premières années de l’adolescence et une seconde phase où l’expérimentation progresse fortement et ce jusqu’au début de l’âge adulte. Les significations de ces comportements sont très dissemblables, ce qui explique en partie les différences entre niveaux des expérimentations selon l’âge mais aussi leurs rythmes contrastés de progression.
Enfin, en 2011, 6,6 % des jeunes de 17 ans déclaraient n’avoir jamais expérimenté aucun des trois produits les plus courants (alcool, tabac et cannabis).

Évolutions des expérimentations de tabac, d’alcool et de cannabis

En termes d’évolutions temporelles, la principale variation observée entre 2003 et 2011 concerne le tabac dont les niveaux d’expérimentation, quels que soient l’âge et le sexe, ont baissé (la baisse étant plus sensible parmi les garçons et chez les plus jeunes). Cette moindre précocité est confirmée par l’augmentation de l’âge moyen d’expérimentation à 17 ans entre 2000 et 2011 qui est passé de 13,7 ans à 14,1 ans (Spilka et coll., 2012renvoi vers), tendance confirmée par les données chez les jeunes adultes (Guignard et Beck, 2013renvoi vers). Les expérimentations d’alcool sont restées globalement stables entre 2003 et 2011 ainsi que celles de cannabis avec toutefois une légère hausse notamment à 16 ans (35 % versus 39 %) parmi les filles qui entraîne un resserrement des niveaux entre les deux sexes.

Expérimentations d’autres substances

En dehors des trois principales substances que sont l’alcool, le tabac et le cannabis, les autres produits (données disponibles avec l’enquête Escapad) les plus fréquemment expérimentés en 2011 à la fin de l’adolescence sont les poppers et les produits à inhaler (respectivement 9,0 % et 5,5 %) ; viennent ensuite les champignons hallucinogènes et la cocaïne (3,5 % et 3,0 %) (encadré 1.4) puis les amphétamines, l’ecstasy et le crack (2,4 %, 1,9 % et 1,3 %), enfin le LSD et l’héroïne dont les niveaux d’expérimentation sont inférieurs à 1,0 % (respectivement 0,9 % et 0,8 %) (figure 1.3Renvoi vers). Les garçons sont plus souvent expérimentateurs que les filles, excepté pour les poppers, les produits à inhaler et l’héroïne pour lesquels la différence par sexe n’est pas significative. La plupart de ces expérimentations sont en baisse sur la période 2008-2011, particulièrement celles de poppers et d’ecstasy qui enregistrent les diminutions les plus importantes. L’ecstasy, qui poursuit sa baisse amorcée en 2005, atteint de la sorte son niveau le plus bas depuis 2000. Par ailleurs, alors que la diffusion de la cocaïne et des amphétamines était constamment à la hausse sur la période 2000-2008, l’expérimentation de ces produits marque un léger recul entre 2008 et 2011. Les expérimentations des autres produits ne présentent pas d’évolutions marquées.
Précisons que pour tous ces produits, les usages répétés voire réguliers demeurent quasi inexistants à 17 ans. Toutefois, il est probable que les rares adolescents par ailleurs déjà usagers d’héroïne, de cocaïne ou de crack… soient engagés dans un processus de désocialisation qui les rend dès lors « invisibles » aux dispositifs d’enquête en population générale. D’autres modes d’investigation seraient nécessaires pour approcher cette population.
Enfin, pour compléter cette vue d’ensemble des expérimentations de produits illicites et des comportements à risque, l’enquête Escapad a interrogé en 2011 les adolescents sur leurs éventuelles pratique d’injection et moins de 0,4 % d’entre eux (sans différence entre les sexes) ont déclaré s’être injecté une substance au moins une fois au cours de leur vie.
Figure 1.3 Expérimentation des principaux produits psychoactifs autres que l’alcool, le tabac et le cannabis entre 2000 et 2011 à 17 ans (en %) (d’après Spilka et coll., 2012renvoi vers) (Source : enquête Escapad)

Expérimentations de médicaments psychotropes

À 16 ans, environ un adolescent sur 10 déclare avoir déjà pris un tranquillisant ou un somnifère hors prescription médicale au cours de sa vie (tableau 1.Irenvoi vers). Avec le tabac, il s’agit des seuls produits pour lesquels les filles déclarent des niveaux d’expérimentation supérieurs à ceux des garçons, observation retrouvée également en population adulte (Guignard et Beck, 2013renvoi vers). On n’observe pas de véritable évolution de ces niveaux depuis 12 ans. Il existe également des données plus précises parmi les jeunes de 17 ans qui distinguent les différentes catégories de médicaments psychotropes, mais ces données ne sont disponibles que sur la période 2008-2011 et elles ne permettent pas de savoir s’il s’agit d’une prise sur prescription ou pas4 (Spilka et coll., 2012renvoi vers). En 2011, à 17 ans, ils sont 41 % à déclarer avoir pris au moins un médicament psychotrope (cette catégorie incluant cependant l’homéopathie et la phytothérapie citées par 30 % des répondants) au cours de leur vie, ce qui marque un léger recul par rapport à 2008 (45 %). L’usage récent (au cours du mois) apparaît en revanche stable sur la période (15 %). Les produits homéopathiques ou ceux de la phytothérapie demeurent les plus fréquemment expérimentés à 17 ans (30 %), viennent ensuite les tranquillisants (15 %), les somnifères (11 %) et les antidépresseurs (6 %). Le recours à des thymorégulateurs (2 %), des neuroleptiques (2 %) et des psychostimulants (1 %) apparaît en revanche nettement moindre.
Les filles sont davantage concernées par ces usages : 51 % des filles interrogées dans Escapad en 2011 déclarent avoir déjà consommé un médicament psychotrope contre 31 % des garçons. Seuls les psychostimulants comme la Ritaline® se révèlent plus souvent consommés par les garçons (2 % versus 1 %) (Spilka et coll., 2012renvoi vers). Leur consommation est également en hausse depuis 2008 (1,3 % versus 1,0 %).

Tableau 1.I Prise au cours de la vie de tranquillisants ou somnifères hors prescription médicale à 16 ans (%) (Source : Enquêtes Espad)

 
1999
2003
2007
2011
Garçons (%)
10
10
nd
8
Filles (%)
14
15
nd
15
Ensemble (%)
12
12
nd
10

Consommations régulières de tabac, d’alcool et de cannabis

Si pour le tabagisme régulier (quotidien), l’indicateur est renseigné même pour les plus jeunes, ce n’est pas le cas pour l’alcool et le cannabis (cf. encadré 1.2).
Les usages réguliers de tabac ou d’alcool apparaissent relativement rares avant 14 ans et celui de cannabis est exceptionnel avant l’âge de 15 ans (Godeau et coll., 2012renvoi vers ; Spilka et Le Nézet, 2013renvoi vers) (figure 1.4Renvoi vers). Ensuite, ces usages augmentent avec l’âge, le tabagisme quotidien devançant toutefois nettement la consommation régulière d’alcool et de cannabis (figures 1.5Renvoi vers, 1.6Renvoi vers et 1.7Renvoi vers). Ainsi, la proportion de fumeurs quotidiens de tabac passe de 1 % à 11 % entre 12 et 15 ans chez les garçons et de moins de 1 % à 14 % chez les filles dans l’enquête Espad (figure 1.4Renvoi vers). On observe également une hausse avec l’âge pour les consommations d’alcool et de cannabis, notamment chez les garçons et dans une moindre mesure chez les jeunes filles (figures 1.5Renvoi vers, 1.6Renvoi vers et 1.7Renvoi vers). Les consommations quotidiennes d’alcool déclarées par les élèves de 11 ans restent rares (2,5 % des garçons et 0,8 % des filles), ces déclarations méritant à cet âge d’être interprétées avec précaution. Comme chez les plus âgés, les consommations d’alcool s’avèrent toujours plus fréquentes chez les garçons que chez les filles. Enfin, les niveaux des fréquences des ivresses tendent à évoluer à la hausse, tout comme pour les API : en 2011, 10,5 % des adolescents de 17 ans ont ainsi dit avoir connu plus de 10 ivresses alcooliques dans l’année (8,6 % en 2008). Il convient de rappeler que si la notion d’API souffre d’une certaine approximation, notamment avec l’absence d’information sur le délai durant lequel cette consommation s’est déroulée (la notion recouvre ainsi à la fois des situations d’alcoolisation très rapide et des évènements festifs comme les soirées où l’alcoolisation peut se dérouler sur plusieurs heures), les ivresses pour leur part reposent sur une définition subjective liée à la perception et l’expérience de chaque individu.
Parmi les adolescents qui consomment des substances psychoactives, il faut souligner que la plupart diminuent leurs consommations – sauf de tabac – au moment de l’entrée dans la vie adulte (fin des études, premier emploi, installation en couple…) (Beck et Richard, 2013renvoi vers). Les consommations excessives à l’adolescence peuvent néanmoins avoir des effets délétères sur la scolarité et l’avenir socio-professionnel, voire à plus long terme sur la santé et le développement émotionnel et cognitif de l’adolescent5 .
Figure 1.4 Évolution du tabagisme quotidien entre 11 et 15 ans selon le sexe (Source : enquêtes HBSC (2006-2010) et Espad (2003))
Figure 1.5 Évolution des usages réguliers d’alcool et de cannabis à 15 ans selon le sexe (Source : enquêtes HBSC (2006-2010) et Espad (2003))
Figure 1.6 Évolution des usages réguliers d’alcool, de tabac et de cannabis à 16 ans selon le sexe (Source : enquêtes Espad)
Figure 1.7 Évolution des usages réguliers d’alcool, de tabac et de cannabis à 17 ans selon le sexe (Source : enquêtes Escapad)

Alcoolisations ponctuelles importantes (API)

Parallèlement aux niveaux de consommation d’alcool, les enquêtes permettent en outre d’étudier différents modes d’alcoolisation et notamment les consommations importantes ou excessives proches du binge drinking anglo-saxon6 . Au-delà de la désignation retenue (consommation ponctuelle importante ou sévère, défonce alcoolique), la quantification de ces comportements cherche à dépeindre une alcoolisation clairement supérieure aux recommandations de l’OMS les plus diffusées (21 verres par semaine pour les hommes et pas plus de 5 verres en une occasion, 14 verres par semaine pour les femmes et pas plus de 4 verres en une occasion) dans un laps de temps relativement court avec la volonté très probable d’atteindre un état d’ébriété, et dont les effets sur la santé sont néfastes. Dans les enquêtes, l’indicateur retenu est l’alcoolisation ponctuelle importante (API), soit la déclaration de consommation d’au moins 5 verres de boissons alcoolisées en une seule occasion, au cours des trente derniers jours7 .
L’API concerne plus de la moitié des jeunes de 17 ans : en 2011, 53,2 % disent avoir bu au moins cinq verres en une même occasion au cours du mois écoulé. Ils étaient 48,7 % en 2008 et 45,8 % en 2005. Cette dernière orientation clairement à la hausse se retrouve également parmi ceux qui l’ont déclarée trois fois ou plus au cours du mois (soit en 2011, 2008 et 2005 respectivement 22,6 %, 19,7 % et 17,9 %) ou dix fois et plus (respectivement 2,7 %, 2,4 % et 2,1 %). À l’image des consommations d’alcool et des ivresses alcooliques, l’API est nettement plus souvent le fait des garçons qui sont 59,7 % à déclarer au moins une API au cours du dernier mois contre 46,5 % des filles.
L’augmentation de la prévalence des API semble donc traduire une modification des modes de consommation chez les adolescents (figure 1.8Renvoi vers). Plus fréquentes parmi les usagers réguliers d’alcool, les API se sont en effet aussi largement répandues parmi les adolescents qui boivent plus rarement (moins de dix fois dans le mois). Ainsi en 2011, parmi les buveurs réguliers, la proportion de ceux qui déclarent au moins dix API au cours du mois a progressé de 66 % par rapport à 2005 (25,3 % contre 15,2 %). Dans le même temps, ceux qui n’ont bu de l’alcool qu’une ou deux fois dans le mois sont 43,9 % à déclarer également une ou deux consommations ponctuelles importantes en 2011 ; alors qu’ils étaient 30,7 % en 2005, ce qui représente une augmentation relative de 43,0 % en six ans. Les buveurs modérés et très modérés sont donc de plus en plus concernés.
Figure 1.8 Répartition des alcoolisations ponctuelles importantes selon la fréquence de consommation au cours des 30 derniers jours (d’après Spilka et coll., 2012renvoi vers) (Source : Enquêtes Escapad)
L’expansion de ces comportements d’alcoolisation observée dans l’enquête recoupe les constats des acteurs locaux de prévention et de lutte contre addictions qui dénoncent régulièrement leur progression dans la population adolescente.
Notons toutefois qu’il n’est pas impossible que les modifications observées soient également en partie liées au fait que les adolescents pourraient être plus sensibles aux comportements de consommation d’alcool qui font l’objet depuis plusieurs années de campagnes de prévention de la part des pouvoirs publics. Cette sensibilisation peut en effet se traduire par une plus grande propension à déclarer aujourd’hui des comportements « à risque » qui, hier, n’étaient pas identifiés comme tels. Toutefois, l’évolution à la hausse des API va de pair avec une recrudescence des ivresses alcooliques rapportées dans les enquêtes sur la même période (figure 1.9Renvoi vers).
Figure 1.9 Évolution des niveaux d’ivresse à 17 ans (%) depuis 2000 (d’après Spilka et coll., 2012renvoi vers) (Source : Enquêtes Escapad)

Consommations de boissons énergisantes

L’enquête HBSC a pour la première fois en France introduit en 2010 des questions sur les fréquences de consommation des boissons énergisantes, dans le but d’étudier les profils des consommateurs mais aussi les liens avec les autres substances psychoactives et de voir dans quelle mesure ces produits sont plutôt substituables ou complémentaires.
À tous les âges de l’adolescence, les garçons sont plus consommateurs que les filles et présentent des fréquences d’usage plus élevées (figure 1.10Renvoi vers).
Dans la mesure où les autres pays participant à l’enquête HBSC n’ont pas posé de questions sur les boissons énergisantes, les possibilités de comparaison internationale sont limitées. Une étude italienne récente a montré des proportions de consommateurs hebdomadaires de 6,2 % parmi les 6th graders (11-12 ans) et 16,5 % parmi les 8th graders (13-14 ans) (Gallimberti et coll., 2013renvoi vers). Comparés à ces données, les adolescents français pourraient être précoces dans l’usage des boissons énergisantes.
Les faibles écarts dans les déclarations des garçons et des filles de 4ème et 3ème sur la consommation d’alcool associée aux boissons énergisantes peuvent apparaître comme contre-intuitifs, les garçons étant nettement plus consommateurs des deux produits (figure 1.11Renvoi vers). Ces résultats peuvent néanmoins être interprétés à l’aune des différences de genre observées sur les types d’alcool : le goût des mélanges d’alcool et de boissons énergisantes est dans une certaine mesure comparable à celui des prémix (mélange d’alcools forts et de sodas), dont on sait qu’ils sont particulièrement prisés par les filles (Beck et coll., 2004renvoi vers).
Figure 1.10 Fréquence de consommation des boissons énergisantes de la 6ème à la 2nde par sexe (en %) (Source : Enquête HBSC 2010) (d’après Beck et coll., 2013brenvoi vers)
Figure 1.11 Fréquence de consommation des boissons énergisantes associées à l’alcool de la 4ème à la 2nde par sexe (en %) (Source : Enquête HBSC 2010)
Des travaux américains, ayant montré un sur-risque de la survenue de conséquences négatives liées à la consommation d’alcool parmi les buveurs modérés de boissons énergisantes, ont évoqué l’idée d’un repérage des populations à risque vis-à-vis de l’alcool par une simple question sur l’usage d’alcool associé à des boissons énergisantes dans les interventions brèves sur l’alcoolisation (Mallett et coll., 2013renvoi vers ; Varvil-Weld et coll., 2013renvoi vers) (encadré 1.5). Néanmoins, une étude néerlandaise a montré que le recours aux boissons énergisantes pouvait aussi conduire à une diminution de la consommation globale d’alcool des jeunes par effet de substitution, et de ce fait de leur propension à en subir les effets négatifs (de Haan et coll., 2012renvoi vers).
Concernant le lien avec le sommeil, les études rapportent à la fois une augmentation de la vigilance chez les consommateurs de boissons énergisantes (Reyner et Horne, 2002renvoi vers ; Malinauskas et coll., 2007renvoi vers) mais aussi un impact négatif sur le sommeil, avec notamment une augmentation de la fréquence des épisodes de somnolence diurne (Calamaro et coll., 2009renvoi vers ; Bryant Ludden et Wolfson, 2010renvoi vers) et sur la qualité du sommeil en général (Lohsoonthorn et coll., 2013renvoi vers). Les données françaises d’HBSC sont en cours d’analyse pour apporter des éléments sur le lien entre consommation de boissons énergisantes et qualité du sommeil, ainsi qu’avec l’activité physique et sportive et les usages de substances psychoactives.

Consommation de prémix

Les prémix (ou alcopops) sont des boissons obtenues par mélange de boissons fortement dosées en sucre, de type soda ou jus de fruit, avec un alcool fort. Ces boissons titrent de 5° (pour la majorité d’entre elles) à 8° environ, soit la même dose d’alcool qu’un ballon de vin, qu’une bière ou qu’un verre d’alcool fort. Vendues en canettes ou en bouteilles de 20 à 33 cl., elles constituent un produit visant prioritairement les plus jeunes, en particulier ceux dont le processus d’acculturation aux boissons alcoolisées n’a pas encore commencé (McKeganey et coll., 1996renvoi vers). Masqué par un goût très sucré, l’alcool ne se sent pratiquement pas au point que les jeunes peuvent avoir l’impression de consommer un soda plus qu’une boisson alcoolisée (McKeganey, 1998renvoi vers).
Apparus sur le marché australien en 1993 puis en Grande-Bretagne en 1995, ils sont arrivés massivement en France au milieu des années 1990. Très populaires parmi les jeunes Européens (Blakey et coll., 1999renvoi vers ; Leeming et coll., 2002renvoi vers), ils ont immédiatement suscité de vives réactions de la part de certains médecins, des médias et des pouvoirs publics (Forsyth, 2001renvoi vers). L’article 29 de la loi de financement de la Sécurité Sociale pour 1997 (loi du 27 décembre 1996), adopté par l’Assemblée Nationale, propose la création d’une taxe particulière sur les prémix. Celle-ci est de 5,55 euros par décilitre d’alcool pur, ce qui la place dans une position bien supérieure à celle des autres boissons alcooliques en France. Cette mesure excluait toutefois les mélanges à base de rhums, de cognac ou d’armagnac, de Suze (Suze Tonic) et les cassis, ainsi que les spiritueux simplement dilués à l’eau plate. Cette taxe qui correspondait environ à un surcoût de 5 FF (0,76 euros) a eu pour effet quasi immédiat d’effondrer le marché français des prémix : moins de 10 000 litres en ont été vendus en 1997, contre 950 000 litres pour l’année 1996, alors que ce marché était en plein essor (environ 350 000 litres pour l’année 1995). Les alcooliers ont mis sur le marché en 2002 de nouveaux produits dont la teneur en sucre est inférieure, ce qui leur permettait de sortir du cadre de la loi du 27/12/1996 et donc de relancer ce type de produits. Le 8 avril 2004, l’Assemblée a adopté un amendement visant à instaurer une surtaxe de 10 euros par décilitre d’alcool pur et à l’étendre à l’ensemble des Ready to drink (RTD).
En 2005, à 17 ans, les jeunes filles apparaissaient nettement plus consommatrices de prémix que les garçons. Les prémix arrivent même au second rang des alcools les plus consommés chez les filles, précédés par les alcools forts (vodka, gin, tequila...), pour les deux sexes. Pour les garçons, c’est la bière qui figurait en seconde position (Beck et coll., 2006renvoi vers). En 2011, garçons et filles ne se distinguent plus sur la consommation de prémix (voir infra : tableau 1.V de la partie « Accessibilité des données »), et le niveau d’usage de ces produits a nettement baissé, probablement en partie du fait du coût élevé de ces produits.
Les travaux menés à l’étranger sur les prémix montrent qu’ils ont très vite bénéficié d’une image positive parmi les adolescents (Leeming et coll., 2002renvoi vers) et que cet attrait, à l’image de ce qui est observé en France, diminue avec l’âge (Hughes et coll., 1997renvoi vers). Il faut néanmoins souligner qu’ils ont parfois été remplacés par d’autres produits prisés par les jeunes tels que les cidres doux (Romanus, 2000renvoi vers) sans que cela suscite la même inquiétude de la part des pouvoirs publics. Une étude sur les adolescents suisses a montré que les prémix étaient souvent consommés conjointement à d’autres types de boissons alcoolisées (Wicki et coll., 2006renvoi vers). Dans la même lignée, au terme d’une revue de littérature effectuée sur les années 2000, d’autres auteurs concluent que les liens entre usage de prémix et conséquences négatives liées à l’alcool sont ténus, et qu’une politique efficace de lutte contre l’alcoolisation des jeunes ne saurait se restreindre à un produit en particulier (Metzner et Kraus, 2008renvoi vers).

Contextes de consommation d’alcool et de cannabis

En 2005, parmi les jeunes de 17 ans ayant déclaré avoir bu de l’alcool au cours des trente derniers jours, les consommations avaient surtout eu lieu le week-end, et il s’agissait souvent d’un jour ou évènement particulier (anniversaire, fête...) (Legleye et coll., 2007renvoi vers). La description des dernières consommations dans l’enquête montrait que la très grande majorité (85 %) des consommations d’alcool a eu lieu avec des amis, mais près d’un tiers (31 %) avec les parents. Dans ce dernier cas, il s’agissait d’une occasion particulière dans 59 % des cas. La consommation solitaire était très rare (2 %).
Les consommations dans les bars, restaurants et discothèques étaient rapportées par près d’un tiers des jeunes âgés de 17 ans, comme la consommation chez les parents (30 %). Lorsque cette consommation avait eu lieu au domicile parental, les parents étaient présents dans 82 % des cas. La consommation dans un lieu public ouvert était rapportée dans 15 % des cas.
Le contexte de la consommation de cannabis est très différent de celui de l’alcool même si, comme pour l’alcool, elle se déroule dans 92 % des cas en présence des amis. Relativement aux boissons alcoolisées, le cannabis est plus souvent consommé en semaine, un jour ordinaire et très rarement en présence des parents, bien que la proportion ne soit pas nulle (1 %). Les lieux de consommation diffèrent également fortement : le domicile des parents est moins cité, de même que les lieux publics payants comme les bars, restaurants et discothèques. En revanche, la dernière consommation de cannabis a eu lieu à l’école dans 18 % des cas et dans un lieu public ouvert dans 51 % des cas. Parmi les autres lieux, la voiture est citée largement en tête. Les consommations de cannabis ont donc souvent lieu à l’extérieur, et les consommateurs sont ainsi potentiellement exposés au regard d’autrui.

Polyconsommations

En 2011, 3,9 % des adolescents de 17 ans se déclarent à la fois fumeurs quotidiens de tabac et consommateurs réguliers (plus de 10 fois par mois) de boissons alcoolisées ; 3,6 % sont à la fois fumeurs quotidiens de tabac et réguliers de cannabis. Enfin, 1,9 % sont des polyconsommateurs réguliers de tabac, alcool et cannabis et 0,2 % sont des usagers réguliers de cannabis et d’alcool. Toutefois, on ne peut pas distinguer dans cette enquête la prise concomitante (prise en une même occasion ou simultanée) de produits.
En 2003, toujours à 17 ans, l’usage concomitant de plusieurs substances psychoactives au cours de la vie était un comportement déclaré par environ quatre jeunes sur dix. Il s’agissait dans la très grande majorité des cas (plus du tiers des enquêtés) de l’association alcool/cannabis (pratiquée principalement dans un cadre festif), le tabac ayant été exclu de la question en raison de ses faibles potentialités de modification de l’état de conscience comparé aux autres produits. Le second type d’usage concomitant déclaré était l’association alcool/médicaments psychotropes (un enquêté sur dix) ; les autres apparaissaient beaucoup plus rares, l’association la plus courante étant ensuite celle des champignons hallucinogènes et du cannabis (2 % des jeunes) (Beck et coll., 2004renvoi vers).
Les polyconsommations se traduisent souvent par des situations de prise de risque ou de vulnérabilité qui justifient une attention particulière à porter à ces pratiques (encadré 1.6).

Principales évolutions8 de consommations observées depuis dix ans (2000-2011)

Les principales évolutions de consommations sont les suivantes :
• baisse des expérimentations de tabac à 17 ans sur la période 2000-2011 (de 78 % à 68 %) ;
• recul de l’expérimentation de tabac à 13 ans entre 2006 et 2010 (de 29 % à 25 %) ;
• baisse du tabagisme quotidien à 17 ans sur la période 2000-2011 (de 41 % à 31,5 %). Cependant, alors que le tabagisme quotidien avait baissé à 29,0 % en 2008, une légère reprise est constatée entre 2008 et 2011 ;
• stabilité des usages réguliers d’alcool à 17 ans sur la période 2000-2011 (11 % en 2000 et 10,5 % en 2011) ; cependant, légère augmentation des usages réguliers d’alcool entre 2008 et 2011 (de 9 % à 10,5 %) ;
• augmentation des ivresses déclarées dans l’année parmi les jeunes de 17 ans : entre 2002 et 2011, la part des adolescents qui ont connu au moins 3 ivresses dans l’année est passée de 20 % à 28 % ; on note également une hausse continue des alcoolisations ponctuelles importantes (API) au cours du mois : 46 % en 2005, 49 % en 2008 et 53 % en 2011 ;
• baisse des expérimentations de cannabis à 17 ans sur la période 2000-2011 (de 46 % à 41,5 %) ;
• baisse des usages réguliers de cannabis à 17 ans sur la période 2000-2011 (de 10 % à 6,5 %) ;
• hausse des expérimentations de cocaïne à 17 ans sur la période 2000-2011 (de 1 % à 3 %) ;
• stabilité des expérimentations d’héroïne à 17 ans : 0,6 % en 2000 versus 0,9 % en 2011.
L’initiation au tabac, à l’alcool et au cannabis se déroule principalement à l’adolescence et principalement à partir de 14-15 ans avec des variations notables selon les produits et spécialement pour l’alcool, dont la diffusion commence bien plus tôt. En outre, quel que soit l’âge, l’expérimentation est toujours plus importante parmi les garçons, sauf pour le tabac et les médicaments psychotropes.

Position des jeunes en France par rapport à ceux d’autres pays européens

Concernant le tabagisme à 16 ans, la France occupait en 2007 une position médiane en Europe, au niveau des Pays-Bas, de la Suisse et de la Finlande, loin derrière l’Autriche, la République Tchèque, l’Italie et de nombreux pays de l’Est ou de la mer Baltique mais nettement au-dessus du Portugal, de l’Angleterre, de l’Irlande, de la Suède ou de la Norvège. La France se situe désormais, en 2011, parmi les pays où la prévalence du tabagisme chez les jeunes est la plus élevée, à peine en-dessous de la Lettonie, les Républiques tchèque et slovaque, la Croatie et la Bulgarie (Hibell et coll., 2012renvoi vers). Globalement, la tendance entre 2003 et 2007 était à la baisse ou à la stabilité du tabagisme à 16 ans dans tous les pays d’Europe, tandis qu’entre 2007 et 2011, environ un quart des pays (dont la France) ont affiché une reprise du tabagisme. De même, l’enquête HBSC 2010, réalisée auprès de collégiens dans une quarantaine de pays européens ainsi qu’aux États-Unis et au Canada, place la France en dixième position pour la prévalence tabagique à 11 et 15 ans : à 15 ans, c’est un jeune sur cinq qui fume de manière au moins hebdomadaire (WHO, 2012renvoi vers). Si l’on met en regard la carte des prix des cigarettes les plus vendues et celle des prévalences du tabagisme régulier, exercice qui a bien sûr ses limites puisque les politiques de dénormalisation du tabac vont bien au-delà des hausses de prix, on constate que dans les pays qui ont pratiqué les hausses les plus fortes (Grande-Bretagne, Norvège et Irlande), les prévalences sont basses, tandis que dans les pays où le tabac est meilleur marché, elles peuvent être très élevées. Il reste néanmoins quelques exceptions, la Grèce, et dans une moindre mesure la Pologne et le Portugal présentant à la fois des prévalences et des prix assez bas (Beck, 2011renvoi vers).
Concernant les boissons alcoolisées, les jeunes Français de 16 ans se situent à des niveaux de consommation correspondant au premier tiers des pays européens : sur 33 pays, 9e rang pour l’usage récent d’alcool et 12e rang pour l’alcoolisation ponctuelle importante. Le niveau d’usage récent d’alcool est particulièrement élevé en Allemagne, en Autriche, au Danemark et en Grèce, les niveaux étant globalement supérieurs en Europe de l’ouest et du sud et inférieurs en Europe de l’est et dans les pays scandinaves. Les alcoolisations ponctuelles importantes offrent quant à elles une cartographie assez différente, les niveaux étant les plus élevés au Danemark, en Croatie, en République tchèque, à Malte et au Royaume-Uni (Hibell et coll., 2012renvoi vers). La cartographie européenne de l’alcoolisation montre depuis la fin des années 1990 une certaine uniformisation, avec des pays nordiques et anglo-saxons présentant des alcoolisations ponctuelles importantes moins fréquentes que par le passé, tandis que la tendance est globalement inverse dans les pays latins.
Enfin, concernant les niveaux d’usage du cannabis, les jeunes en France, après avoir été dans la moyenne européenne au cours des années 1990, consomment plus que ceux d’autres pays européens. Au niveau européen, il n’existe pas de relation claire entre le contexte légal et la rigueur de l’application de la loi et les niveaux d’usage (Beck et coll., 2007crenvoi vers).

Diffusion des produits selon le niveau scolaire

Décrire les usages selon la classe scolaire dans laquelle se trouve l’adolescent, et non plus uniquement selon son âge, permet d’observer les usages selon une dimension temporelle et un contexte scolaire susceptibles de mieux prendre en compte l’univers juvénile. L’objectif est de proposer une lecture plus aisée de l’évolution des comportements des adolescents, ainsi qu’un cadre plus opérationnel pour ce qui concerne la mise en place d’actions de prévention et de promotion de la santé : évoquer les élèves de 4ème ou de 2nde s’avère plus concret et, vraisemblablement, plus opératoire en termes de prévention que de décrire les élèves âgés de 13 ou 16 ans. Ce changement de référentiel offre un calendrier de la diffusion des usages qui peut s’avérer plus lisible pour penser les actions de prévention à envisager.

Tabac, alcool et cannabis en 2010 et 2011 parmi les collégiens et les lycéens

Les boissons alcoolisées restent les substances psychoactives les plus largement consommées au cours du mois par les lycéens (figure 1.12Renvoi vers). Les « années lycée » ne sont pas une période d’initiation comme peuvent l’être les « années collège ». En revanche, elles se caractérisent par l’apparition des premiers comportements d’alcoolisation (usage régulier ou API). Ainsi, le passage au lycée coïncide avec une progression forte de la consommation régulière au regard notamment de celle mesurée à la fin du collège (17 % en 2nde contre 7 % en 3ème).
Figure 1.12 Usages de tabac, alcool et cannabis selon le niveau scolaire des adolescents en 2010/2011 (d’après Spilka et Le Nézet, 2013renvoi vers) (Sources : HBSC 2010 ; Espad 2011)
Le tabac est le deuxième produit psychoactif le plus largement consommé par les collégiens et lycéens. En 2011, sept lycéens sur dix déclarent avoir déjà fumé une cigarette au cours de leur vie et pratiquement trois lycéens sur dix fument quotidiennement. Contrairement à l’alcool, le lycée demeure une période d’expérimentation massive du tabac, l’expérimentation progressant notamment avec le passage au lycée. Au collège, si la moitié des élèves de 3ème (52 %) ont déjà fumé, ils sont 66 % dans ce cas en 2nde soit une augmentation relative de 27 %. La diffusion du tabac se poursuit en 1ère où 72 % des élèves déclarent l’avoir expérimenté puis elle se stabilise en terminale (73 %). Il n’est pas possible d’évoquer une expansion de l’usage quotidien avec le passage au lycée, la progression étant quasi linéaire sur l’ensemble de la période collège-lycée.
La comparaison de la progression des niveaux d’usage de tabac durant les années collège et les années lycée fait clairement apparaître ces années « collège et lycée » comme une période d’initiation massive et d’ancrage du tabagisme. Malgré tout, le tabagisme quotidien marque le pas en terminale avec des niveaux moindres qu’en 1ère, probablement à cause d’une déscolarisation de plus en plus fréquente au fil du lycée, au-delà de 16 ans des populations particulièrement fumeuses (voir les analyses multivariées présentées en Annexe 4).
La consommation de cannabis connaît parmi les lycéens une diffusion comparable à celle du tabac avec toutefois des niveaux moindres et un décalage dans le temps d’une année (scolaire). Le passage au lycée correspond à l’une des plus importantes phases d’initiation au cannabis. Si l’expérimentation du cannabis se développe dès la classe de 4ème (11 % des élèves), les niveaux doublent en 3ème puis de nouveau en 2nde (respectivement 24 % et 41 %).
Parallèlement, l’usage régulier de cannabis (plus de 10 fois au cours du mois), rare au collège, se développe au lycée avec un niveau maximal en 1ère (11 %). La classe de terminale connaît, à l’exemple du tabac, une nette inflexion de l’usage avec une baisse de 3 points par rapport au niveau précédent.

Dimension régionale des usages réguliers de tabac, d’alcool et de cannabis

Les cartes régionales des usages réguliers des principales substances psychoactives mettent en évidence un gradient Nord / Nord-Est qui concentre des régions à faibles ou moyens niveaux de consommation de produits, opposé au Sud et au Nord-Ouest qui regroupent des régions où les niveaux de consommation de tabac, d’alcool ou de cannabis sont élevés par rapport à la moyenne des autres régions (figure 1.13Renvoi vers). Des nuances sont bien sûr à apporter en fonction des produits, avec quelques régions présentant des caractéristiques spécifiques :
• l’Île-de-France présente globalement des niveaux de consommation de produits inférieurs à la moyenne nationale, sauf pour le cannabis, ce qui apparaît tout à fait concordant avec ce qui est observé au sein de la population des 15-30 ans (Beck et Richard, 2013renvoi vers) ;
• les régions qui présentent des niveaux de consommation plus élevés que la moyenne nationale sur les 4 pratiques observées (tabagisme quotidien, usage régulier de cannabis, alcool régulier, API répétée) sont Midi-Pyrénées et Auvergne, tandis que la région Rhône-Alpes est au-dessus de la moyenne de consommation de tous les produits sauf de tabac ;
• la Bretagne est caractérisée par des niveaux élevés de consommation de produits, sauf pour le cannabis, ce qui apparaît concordant avec ce qui est observé en population adulte, tandis que les Pays de la Loire et l’Aquitaine se distinguent par un usage d’alcool supérieur au reste du territoire ;
• contrairement à ce qui est observé en population adulte avec des niveaux élevés de consommation pour les 3 substances, le Languedoc-Roussillon ne se distingue pas des autres régions à l’adolescence.
Ces cartographies des usages réguliers sont très comparables à celles produites en 2003 ou 2008. Relativement à 2005 (OFDT, 2013renvoi vers), quelques variations sont cependant notables. Pour le tabagisme quotidien, notamment, les régions Poitou-Charentes et Bourgogne ne présentent plus en 2011 un niveau de tabagisme supérieur au reste de la métropole alors qu’inversement, la région PACA fait partie désormais des quelques régions où le tabagisme se révèle plus important que sur le reste du territoire. En revanche, la sous-consommation quotidienne de tabac de l’Île-de-France reste confirmée. Pour l’alcool, qu’il s’agisse des consommations régulières ou des API, peu de différences sont à signaler : la distribution régionale des usages reste en 2011 comme en 2005 dominée par des niveaux plus élevés le long de la façade atlantique. Seules les régions Rhône Alpes et Champagne-Ardenne viennent perturber en 2011 cette « harmonie » géographique.
Enfin, concernant le cannabis, la représentation régionale des usages réguliers se révèle plus homogène qu’au début des années 2000, même si globalement en 2011, dans le nord de la France les niveaux de consommation sont plutôt moins élevés que dans le sud (Beck et coll., 2005renvoi vers).
Ces disparités régionales traduisent vraisemblablement des particularismes locaux liés à la fois à la situation géographique (près d’une frontière par exemple), à des traits culturels plus ou moins prononcés, à des ressorts historiques et sociaux marqués ou encore à des structures sociodémographiques propres. Étudier ces déterminants souvent imbriqués se révèle difficile et nécessite des investigations adaptées (Spilka et coll., 2010renvoi vers). Quoi qu’il en soit, elle confirme la nécessité de développer l’observation régionale des comportements d’usage et d’améliorer par-là la mise en œuvre d’actions de prévention et d’information au sein même des territoires.
Figure 1.13 Consommations régulières d’alcool, de tabac et de cannabis à 17 ans selon les différentes régions métropolitaines, en 2011 (Source : Escapad 2011) (d’après OFDT))

Niveaux d’usage des substances psychoactives dans les départements d’Outre-Mer9

Si le manque de données épidémiologiques sur les addictions en population adulte dans les départements d’Outre-Mer (DOM) est patent, il existe, en revanche, notamment pour la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion10 , plusieurs enquêtes menées en population adolescente (Beck et coll., 2005renvoi vers ; Merle et coll., 2009renvoi vers). Des travaux ont également été menés en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française (Barguil et coll., 2006renvoi vers ; Beck et coll., 2010arenvoi vers).
Dans les DOM, le constat majeur est celui d’une population adolescente globalement moins concernée par les pratiques addictives que celle résidant en métropole. Ce constat est vrai pour tous les indicateurs et pour tous les départements, avec toutefois quelques nuances (tableaux 1.IIrenvoi vers, 1.IIIrenvoi vers).

Tableau 1.II Niveaux de fréquences d’usage de tabac et de boissons alcoolisées dans les départements d’Outre-Mer en 2011, selon le sexe et évolution 2008/2011 (Enquêtes Escapad)

  
Guadeloupe (%) (n=499)
Martinique (%) (n=440)
Réunion (%) (n=657)
Métropole (%) (n=27 402)
Tabac quotidien
Garçons
13***
17***
28
32,7
 
Filles
15***
10***
20***
30,2
 
Ensemble
14***
13***
24***
31,5
 
Niveau 2008
9+
13
16+++
28,9+++
Alcool régulier
Garçons
11
8**
8***
15,2
 
Filles
8
4
3
5,6
 
Ensemble
9
6
5
10,5
 
Niveau 2008
6+
6
3++
8,9+++
API
Garçons
48***
42***
42***
59,7
 
Filles
32***
31***
32***
46,5
 
Ensemble
40***
36***
37***
53,2
 
Niveau 2008
32++
36
29+++
48,7+++

Source : Enquêtes Escapad 2008 et 2011
Il est indiqué pour chaque indicateur la prévalence pour les garçons, les filles et l’ensemble lors de la dernière enquête 2011. Il est rappelé également la prévalence pour l’ensemble des jeunes en 2008.
** *** signifie que le niveau observé dans le DOM est statistiquement différent de celui observé en métropole, respectivement au seuil de 0,05, 0,01 ou 0,001.
++++++ signifie que l’évolution de la prévalence entre 2008 et 2011 est statistiquement significative, respectivement au seuil de 0,05, 0,01 ou 0,001.
Remarque : L’enquête Escapad est également conduite en Guyane, mais en 2011 les effectifs étaient trop faibles (N=145) pour autoriser une analyse statistique des données.



Tableau 1.III Niveaux de fréquences d’usage de drogues illicites dans les départements d’Outre-Mer en 2011, selon le sexe et évolution 2008/2011 (Enquêtes Escapad)

  
Guadeloupe (%) (n=499)
Martinique (%) (n=440)
Réunion (%) (n=657)
Métropole (%) (n=27 402)
Expérimentation de cannabis
Garçons
37***
34***
47
44
 
Filles
25***
26***
32
38,9
 
Ensemble
31***
30***
40
41,5
 
Niveau 2008
33
35
34++
42,2
Cannabis régulier
Garçons
7
7
12
9,5
 
Filles
2
2
2
3,4
 
Ensemble
5
5
7
6,5
 
Niveau 2008
5
4
4++
7,3+++
Poppers
Garçons
0
1
2
9,2
 
Filles
1
0
1
8,8
 
Ensemble
1***
1***
1***
9
 
Niveau 2008
1
0
3
13,7+++
Cocaïne
Garçons
0
1
2
3,3
 
Filles
2
0
2
2,7
 
Ensemble
1*
1**
2
3
 
Niveau 2008
2
0
1++
3,3+
Héroïne
Garçons
0
0
1
1
 
Filles
0
0
1
0,8
 
Ensemble
0
0
1
0,9
 
Niveau 2008
0
0
1
1,1+
Crack
Garçons
0
0
1
0,9
 
Filles
0
0
1
0,7
 
Ensemble
0
0
1
0,8
 
Niveau 2008
1
0
0
1,0+

Source : Enquêtes Escapad 2008 et 2011
Il est indiqué pour chaque indicateur la prévalence pour les garçons, les filles et l’ensemble lors de la dernière enquête 2011. Il est rappelé également la prévalence pour l’ensemble des jeunes en 2008.
* ** *** signifie que le niveau observé dans le DOM est statistiquement différent de celui observé en métropole, respectivement au seuil de 0,05, 0,01 ou 0,001.
++++++ signifie que l’évolution de la prévalence entre 2008 et 2011 est statistiquement significative, respectivement au seuil de 0,05, 0,01 ou 0,001.

Les niveaux de consommation d’alcool (régulière ou ponctuelle importante) sont assez proches dans les départements français d’Amérique (DFA), et très inférieurs à ceux observés en métropole. Ils apparaissent néanmoins en hausse depuis 2008 en Guadeloupe et à la Réunion. Si le niveau de tabagisme est 2 à 3 fois moins fréquent qu’en métropole, il apparaît cependant comparativement élevé à la Réunion suite à une augmentation importante des niveaux de tabagisme quotidien entre 2008 et 2011. Une hausse du tabagisme est également retrouvée en Guadeloupe, mais pas en Martinique. L’usage de cannabis est globalement moins fréquent qu’en métropole, à des niveaux similaires entre les différents départements, excepté à la Réunion où le niveau d’expérimentation est comparable à celui de métropole (40 % versus 41,5 %). Les usages réguliers de cannabis mesurés dans le département s’avèrent eux-aussi comparables à ceux de la métropole. La Réunion est le seul département d’Outre-Mer où l’expérimentation et l’usage régulier sont en hausse entre 2008 et 2011.
Concernant les autres produits illicites, les niveaux d’expérimentations sont, comme en métropole, extrêmement faibles avec une particularité concernant les poppers dont l’usage est quasi inexistant dans les DOM contrairement à la métropole. Les enquêtes menées à 17 ans soulignent la relative rareté des déclarations d’usage de produits psychoactifs dans les DOM et corroborent les résultats obtenus lors d’enquêtes en milieu scolaire sur les usages de substances psychoactives menées dans ces différents territoires.
Il faut néanmoins souligner une plus grande précocité des consommations à la Réunion, puisqu’à 13 ans, 31 % des jeunes déclarent avoir déjà été ivres (contre 16 % en métropole), 5 % fument quotidiennement (contre 2 % en métropole) et 9 % ont déjà expérimenté le cannabis (contre 5 % en métropole) (Beck et Richard, 2011renvoi vers). Si l’on tient compte du fait que la précocité d’entrée dans les usages est un marqueur significatif du risque de basculement dans des usages problématiques, il y a là certainement un enjeu majeur de prévention dès le début du collège, au moins à la Réunion.
Pour les COM (Collectivités d’Outre-Mer : Polynésie française, Nouvelle-Calédonie), une enquête menée récemment en Polynésie (Beck et coll., 2010arenvoi vers) permet de comparer les consommations des polynésiens âgés de 17-18 ans avec celles de leurs homologues métropolitains interrogés en 2008 dans le cadre de l’enquête Escapad. Les jeunes Polynésiens présentent des niveaux de consommation globalement plus élevés que ceux des métropolitains, en particulier les niveaux d’alcoolisation ponctuelle importante.

Accessibilité des produits

Si la diffusion d’un produit au sein d’une population donnée s’observe en premier lieu par le nombre d’individus qui déclarent en avoir déjà consommé au moins une fois, il est également possible d’en mesurer un autre aspect à travers la perception de l’accessibilité du produit. Ainsi l’enquête Espad interroge depuis 1999 les adolescents sur leur perception de l’accessibilité des trois principaux produits expérimentés (tabac, alcool et cannabis). L’évolution de cette perception peut être mise en regard de celle des politiques de restriction ou de contrôle des ventes et en ce sens participe de l’évaluation des politiques publiques de régulation des substances psychoactives légales.
Parmi les adolescents âgés de 16 ans, une large majorité (62 %) considère qu’il est assez ou très facile de se procurer du tabac ou des cigarettes en 2011 (tableau 1.IVrenvoi vers). Cette accessibilité perçue des cigarettes apparaît toutefois en très nette baisse depuis 2007. Malgré un niveau encore élevé, cette moindre accessibilité perçue est vraisemblablement à mettre au crédit des mesures de restriction prises depuis la fin 2003 comme l’interdiction de vente aux mineurs et la hausse des prix.

Tableau 1.IV Évolution de l’accessibilité perçue de quelques produits par les adolescents de 16 ans (%) depuis 1999 (Source : enquêtes Espad) (d’après Hibell et coll., 2012renvoi vers)

Assez/très facile de se procurer…
1999
2003
2007
2011
Cigarettes
87 %
86 %
70 %
62 %*
Alcools
    
  Bière
80 %
78 %
73 %
71 %
  Vin
76 %
73 %
64 %
69 %*
  Spiritueux
64 %
62 %
55 %
49 %*
Cannabis
44 %
48 %
42 %
43 %

* Évolutions 2007-2011 significatives au seuil 0,05

Concernant les boissons alcoolisées, aujourd’hui encore, toutes sont perçues comme relativement accessibles par les jeunes, et ce malgré les restrictions d’accès et les interdictions mises en œuvre dans le cadre de la loi HPST (« Hôpital, patients, santé et territoires »).
Pour les jeunes de 16 ans, la bière et le vin sont les alcools qui demeurent les plus faciles à obtenir : les trois quarts des adolescents de 16 ans déclarent qu’il leur serait assez ou très facile de s’en procurer. Si les spiritueux sont les boissons alcoolisées les plus communément bues au cours du mois à 16 ans (78 % des usagers actuels ont déclaré en avoir bu au cours des 30 derniers jours, cf. tableau 1.Vrenvoi vers), moins d’un adolescent sur deux pense qu’il serait facile d’en obtenir. L’évolution de l’accessibilité perçue des alcools est contrastée : entre 2007 et 2011 par exemple, celle de la bière est restée stable alors que le vin est perçu comme plus accessible en 2011 qu’en 2007, et à l’inverse les spiritueux sont pour leur part considérés plus difficilement accessibles. Malgré tout, il apparaît qu’il est aujourd’hui jugé plus difficile de se procurer des boissons alcoolisées qu’au début des années 2000.
Le cannabis, seul produit illicite dont l’accessibilité est questionnée, est jugé moins accessible que l’alcool ou le tabac. Toutefois, comme en 1999, plus de quatre élèves sur dix déclarent en 2011 qu’il leur serait facile d’en obtenir s’ils le voulaient.
L’étude de l’accessibilité des produits en population adolescente peut s’avérer riche d’enseignement notamment en ce qui concerne les politiques d’offre. Cependant, force est de constater que le lien entre l’expérimentation ou la consommation d’un produit et sa disponibilité comme la facilité d’achat est complexe. La consommation de cigarettes est un bon exemple : il s’agit du produit dont l’accès a été le plus restreint (prix, interdiction de vente) depuis dix ans. Or si parallèlement sa consommation au sein de la population adolescente a globalement baissé sur la période, aujourd’hui, en dépit d’un renforcement de la législation, le tabagisme est reparti à la hausse. Ceci laisse entendre que d’autres facteurs puissants sont susceptibles de contrecarrer les politiques de réduction de l’offre ou que celles-ci s’avèrent encore insuffisamment respectées (Díaz Gómez et coll., 2013renvoi vers).
À 16 ans, les alcools forts et la bière sont les deux types de boissons les plus fréquemment consommés dans le mois (respectivement 78 % et 71 % des élèves déclarent en avoir bu) (tableau 1.Vrenvoi vers). Le cidre, première boisson bue par les plus jeunes adolescents (Spilka et coll., 2013brenvoi vers), devient la boisson la moins communément bue à 16 ans. En 2011, les prémix apparaissent, relativement aux autres boissons alcoolisées, peu prisés par les adolescents. De même, les vins (autres que les champagnes) font partie des alcools parmi les moins bus à l’adolescence contrairement à ce qui est observé parmi les jeunes adultes (Beck et Richard, 2013renvoi vers).

Tableau 1.V Types de boissons alcoolisées bues au moins une fois dans le mois à 16 ans (%) (Source : Espad 2011)

 
Spiritueux
Bière
Champagne
Vin
Prémix
Cidre
Garçons (%)
79
82
59
58
40
32
Filles (%)
77
61
55
49
37
33
Ensemble (%)
78
71
57
53
38
32
Tous les types d’alcools sont consommés à l’adolescence tant par les garçons que les filles. Toutefois, ces dernières se distinguent par un moindre penchant pour la bière : parmi les jeunes filles, seules 61 % d’entre elles déclarent en boire au moins une fois au cours du mois, contre 82 % des garçons.

Principaux facteurs associés aux usages

Les principaux travaux effectués ne portent que sur les adolescents de 15 ans et plus, dans la mesure où les prévalences d’usage restent très basses avant cet âge.

Facteurs familiaux et scolaires

Des analyses multivariées simples (cf. Annexe 4) permettent de distinguer les principaux facteurs associés aux usages réguliers – mais non les usages intensifs, l’abus ou la dépendance – de produits psychoactifs licites et illicites aux trois âges couverts par les principales enquêtes auprès des adolescents (15, 16 et 17 ans). Les principaux facteurs sont : le sexe masculin, la composition familiale (les jeunes de familles non nucléaires présentant des risques accrus) et l’appartenance à un milieu familial favorisé sur le plan économique. Bien évidemment, d’autres facteurs sont associés aux usages11 mais il s’agit avant tout ici de contrôler quelques-uns des facteurs de confusion les plus importants et de reprendre les variables descriptives mobilisées auparavant.
À 16 ans, la filière scolaire et le type d’établissement fréquenté jouent un rôle, soulignant que l’environnement scolaire, tout comme le passage du collège au lycée, sont des étapes importantes susceptibles d’influer sur la probabilité de consommer. Ainsi, relativement à ce qui est observé parmi les jeunes de 2nde générale et technique, le tabagisme quotidien est plus fréquent parmi les jeunes en 3ème (donc au collège) ou en 2nde professionnelle et la consommation régulière d’alcool l’est davantage parmi les jeunes de 1ère générale et technique. À 17 ans, le fait de vivre seul ou hors du domicile parental, ou avec uniquement l’un de ses deux parents, est un facteur de risque pour tous les usages réguliers, tout comme le fait d’être issu d’une famille de niveau socioéconomique intermédiaire ou aisé (mesuré par la PCS12 la plus élevée du couple des parents), plutôt que défavorisé. En revanche, le statut d’activité des parents ne semble jouer qu’un rôle marginal, uniquement sur la consommation régulière d’alcool (moins fréquente parmi les jeunes dont les deux parents ne travaillent pas). Pour tous ces usages, l’inscription dans une filière scolaire professionnelle ou en apprentissage, ou encore se trouver en situation de déscolarisation (pour une activité professionnelle ou le chômage) sont des facteurs fortement liés à l’usage régulier. Des analyses ont par ailleurs montré que les écarts entre les sexes pour les usages réguliers étaient modulés par le milieu social : les usages sont nettement plus masculins parmi les jeunes de milieux sociaux modestes ou défavorisés ou parmi les jeunes ayant connu un parcours scolaire chaotique (déscolarisation, redoublement…) (Legleye et coll., 2008renvoi vers). Ce résultat s’observe d’ailleurs en population adulte.
Ces résultats illustrent le fait que le milieu familial et le contexte scolaire prédisent le glissement de l’expérimentation vers des usages plus réguliers. Des études ont montré par ailleurs le rôle délétère du redoublement sur les usages quotidiens de tabac et de cannabis ainsi que sur les usages réguliers et excessifs d’alcool (Legleye et coll., 2011arenvoi vers et 2013brenvoi vers)13 . Il est à noter également que les écarts entre sexe sont confirmés « toutes choses égales par ailleurs » et qu’ils varient suivant le produit utilisé et sa fréquence d’usage : le tabagisme quotidien est ainsi très peu différent selon le sexe, au contraire des consommations régulières d’alcool et de cannabis.
La plupart de ces facteurs sont associés à l’usage quotidien de tabac. En particulier, le risque d’être fumeur quotidien varie fortement selon la situation familiale. Il est vraisemblable que les enfants de familles recomposées ou monoparentales aient des opportunités plus grandes de pouvoir fumer, dans la mesure où ils peuvent faire l’objet d’un moindre contrôle parental, sans toutefois que les données d’enquêtes permettent d’étayer cette hypothèse.
Chez les jeunes adultes, l’expérimentation du cannabis, contrairement à l’usage régulier, s’avère plus fréquente parmi les jeunes ayant un diplôme de niveau supérieur au bac. Cette tendance pourrait correspondre à la fois à une certaine maîtrise de l’usage du produit et à un usage festif prédominant (Beck et coll., 2007brenvoi vers). Plus généralement, le milieu social prédit l’évolution de l’usage de produits vers l’abus : les jeunes des milieux aisés ou au parcours scolaire sans embûche expérimentant plus souvent, mais évoluant moins souvent vers les usages quotidiens ou problématiques (Legleye et coll., 2011arenvoi vers, 2012arenvoi vers, 2013arenvoi vers). Inversement, la consommation fréquente et précoce de cannabis, comme celles de tabac et d’alcool, augmente les chances de sortie précoce du système scolaire (Legleye et coll., 2010renvoi vers).

Apports de la sociologie

La sociologie permet, souvent en s’appuyant plutôt sur des données qualitatives, de mieux comprendre les contextes d’usage des différentes substances et les motifs de consommation (Beck et coll., 2010crenvoi vers ; Spilka et coll., 2010renvoi vers). Les jeunes peuvent recourir régulièrement à des substances psychoactives par plaisir, stimulation et émulation liées au groupe, soulagement physique et psychique (pour le cannabis notamment), voire, plus rarement à ces âges, dans une recherche d’amélioration de la performance, similaire à une conduite dopante, ou encore par dépendance14 .
En France, la consommation d’alcool est fortement intégrée aux relations sociales (repas de famille ou entre amis, célébrations…) et s’avère plutôt moins stigmatisée que dans d’autres pays (Bloomfield et coll., 2005renvoi vers). À partir des années collège et lycée, les jeunes prennent plus ou moins progressivement leurs distances avec l’univers familial. Cela se manifeste par le fait que certains domaines de leur vie échappent de plus en plus, voire totalement, au contrôle parental, y compris les usages de drogues (Peretti-Watel et coll., 2007renvoi vers). Les jeunes qui ont une sociabilité intense, qui fréquentent souvent les bars et les soirées entre amis, consomment plus souvent de l’alcool que les autres (Legleye et Beck, 2003renvoi vers). Les raisons de l’alcoolisation invoquées par les jeunes reposent surtout sur le plaisir de la fête et la quête de l’ivresse, tandis que la recherche de la « défonce » ne concerne qu’une petite minorité de jeunes à 17 ans (interrogés en 2008 sur le motif de leur dernière consommation d’alcool au cours du mois passé, 12,1 % des buveurs non réguliers invoquaient « la défonce » contre 23,0 % des buveurs réguliers).
L’alcool se consomme prioritairement en groupe, autrement dit les consommations strictement solitaires sont rares à l’adolescence. Le lien fort entre fréquence des sorties entre amis et usage régulier de boissons alcoolisées apparaît assez tôt dans l’adolescence, au point que les filles qui sortent beaucoup sont aussi nombreuses que les garçons à boire régulièrement de l’alcool. Par ailleurs, certains travaux soulignent l’aspect compétitif de la consommation d’alcool surtout chez les garçons cette fois, avec l’idée de « tenir le coup », « tenir l’alcool ». Pour comprendre l’alcoolisation des jeunes, il est par conséquent nécessaire de tenir compte de la variété des situations : le poids de la culture, de la position de l’acteur dans le champ social ainsi que ses dispositions propres et son mode de vie.
Les motivations de cette alcoolisation sont variées, qu’on se réfère à l’anthropologie (ancrage culturel du boire, rite de passage de l’adolescent à l’adulte), à la psychologie (mal-être et désir de transgression liés à l’adolescence) ou à la sociologie (baisse de l’influence des parents, pression scolaire qui justifierait des périodes récurrentes de « lâcher prise », influence du milieu de vie). Les jeunes se dissimulent moins qu’avant quand ils boivent et parlent sans tabou de leur consommation (Beck et Richard, 2013renvoi vers). Il existe de plus une normalisation de la consommation d’alcool par les filles, citée par les garçons comme nouvelle, sans connotation négative (Aubertin et Morel, 2010renvoi vers). Ces constats vont de pair avec un rapprochement vers des consommations observées dans d’autres pays membres de l’Union Européenne, en particulier dans les pays nordiques et anglo-saxons, qui se caractérisent par une consommation d’alcool peu régulière, des épisodes d’alcoolisations ponctuelles importantes (API), voire très importantes (associées au « binge drinking », pratique qui consiste à boire plusieurs verres d’alcool en une même occasion dans une perspective de « défonce ») (Jefferis et coll., 2005renvoi vers ; Herring et coll., 2008renvoi vers), ainsi qu’une acceptation sociale plus élevée de l’ivresse publique (Anderson et coll., 2012renvoi vers). En France, l’enquête Escapad a notamment montré une très nette tendance à l’augmentation de ces comportements d’alcoolisation depuis 2005, et ceci même par les usagers occasionnels (qui déclarent ne boire qu’une ou deux fois par mois, par exemple).
Même si on assiste à un changement de modèle de consommation d’alcool avec des différences de genre de moins en moins nettes, dans le sillage de ce qui est observé dans les pays nordiques et, dans une moindre mesure, anglo-saxons (Hibell et coll., 2012renvoi vers), et en cohérence avec ce qui est observé parmi les adultes (Beck et coll., 2010brenvoi vers), la consommation de boissons alcoolisées demeure un comportement fortement masculin. Les données montrent en effet une persistance des usages sexués d’alcool, qui peuvent s’expliquer notamment par des processus de socialisation et des modèles normatifs sexuellement différenciés. Ainsi, la France, comme la plupart des pays d’Europe du Sud, reste un pays où l’abus d’alcool chez les femmes reste socialement mal accepté, malgré des signes d’évolution récents au sein des jeunes. Le décalage constaté entre les pratiques des filles et des garçons peut s’expliquer par l’existence d’un contrôle parental plus sévère sur les sorties féminines, celles-ci restant beaucoup plus confinées au domicile familial que les garçons et connaissant moins que ces derniers les formes variées de la sociabilité du groupe des pairs.

Précocité et niveau de l’usage

La précocité du premier usage de substance psychoactive, en particulier l’alcool, comme facteur favorisant la persistance de cet usage (Fergusson et Horwood, 1997renvoi vers ; Swift et coll., 2008renvoi vers), voire une consommation problématique ou le passage à d’autres produits tels que la cocaïne ou l’héroïne à l’âge adulte (Chen et coll., 2009renvoi vers ; Baggio et coll., 2013renvoi vers), a été abondamment décrite par les épidémiologistes (DeWit et coll., 2000renvoi vers ; Hermos et coll., 2008renvoi vers ; Eliasen et coll., 2009renvoi vers). Dans le cas du cannabis, cette influence d’une entrée précoce dans l’usage est parfois même jugée primordiale et peut compromettre les facultés d’apprentissage (Pope et coll., 2003renvoi vers), se trouver liée à une comorbidité psychiatrique (Armstrong et Costello, 2002renvoi vers) ou à des problèmes sociaux tels que le chômage, l’échec scolaire ou la délinquance (Fergusson et Horwood, 1997renvoi vers ; Fergusson et coll., 2008renvoi vers ; Horwood et coll., 2010renvoi vers). À partir de l’enquête américaine de la Substance Abuse and Mental Health Services Administration (SAMHSA), Gfroerer et coll. (2002renvoi vers) ont ainsi montré que 62 % des adultes de plus de 25 ans qui avaient été initiés au cannabis avant l’âge de 15 ans disent avoir consommé de la cocaïne au cours de leur vie, 9 % de l’héroïne et 54 % prendre fréquemment des médicaments psychotropes (Gfroerer et coll., 2002renvoi vers). Ces chiffres s’avèrent nettement supérieurs à ceux observés sur l’ensemble de la population, respectivement 0,6 %, 0,1 % et 5,1 %.
Ces données tendent également à montrer la primauté de l’influence de la précocité du premier usage sur les autres variables envisagées (qui sont le statut scolaire, la proportion de consommateurs dans l’entourage, des signes anxio-dépressifs, la consommation de soins et le statut socioprofessionnel des parents).
La réaction lors des consommations est aussi un élément crucial : la nature des effets perçus et leur appréciation sont fortement associées à l’intensité de l’usage et à la dépendance (Lyons et coll., 1997renvoi vers ; Scherrer et coll., 2009renvoi vers). Il a également été montré que l’appréciation positive des usages de cannabis avant 16 ans était prédictive de la poursuite des usages et de la survenue d’une dépendance quelques années plus tard (Fergusson et coll., 2003renvoi vers), ce qui invite à considérer que la réaction aux toutes premières consommations pourrait également jouer un rôle important dans le devenir du consommateur, comme cela a récemment été montré dans une étude française (Le Strat et coll., 2009renvoi vers). Ces résultats peuvent sembler peu informatifs tant il est naturel de penser qu’une mauvaise expérience peut éventuellement dissuader de renouveler la tentative, alors qu’au contraire une première consommation plaisante peut inciter à poursuivre et que seules les personnes appréciant un produit poursuivent son usage. Mais ils permettent d’entrevoir des possibilités de repérage très précoce d’individus à risque de mésusages futurs. De fait, le renoncement courant, avec l’avancée en âge, à des produits tels que les colles et solvants qui sont pourtant très accessibles, offre une illustration de ces choix qui jalonnent la « carrière » des usagers de substances psychoactives quels que soient leurs profils, en particulier lorsqu’ils se situent en amont de la dépendance. Le déplaisir, le plaisir et éventuellement l’apprentissage, solitaire ou en groupe, de la consommation, sont de puissants éléments qui conduisent l’individu à faire des choix, à commencer par celui de renouveler ou non la consommation de cette substance.
Au-delà des risques strictement médicaux, la pratique atypique que constitue un usage précoce par rapport à la norme en vigueur dans son entourage peut priver le jeune adolescent d’un certain nombre de facteurs de protection, tel que le contrôle par les pairs usagers susceptible de fixer des limites qui, si elles transgressent les normes des adultes par exemple, n’autorisent pas pour autant toutes les formes d’excès. Les programmes de prévention semblent prendre de plus en plus en compte cette précocité en ne refusant pas le dialogue sur les substances psychoactives dès la fin du primaire.
Il est possible d’explorer cette question à partir des données de l’enquête Escapad 2011. Il apparaît une différenciation très marquée de la structure des types d’usage de cannabis selon l’âge de premier usage de ce produit : la précocité est très liée à l’installation ultérieure dans une consommation importante de cannabis. Ainsi, 34 % des jeunes de 17 ans qui ont fumé leur premier joint avant l’âge de 14 ans fument quotidiennement du cannabis alors que ceux qui ont commencé après ne sont que 6 % dans ce cas (figure 1.14Renvoi vers).
Les acteurs de terrain s’accordent à souligner que l’engagement précoce dans une consommation de substances psychoactives est un des signes à observer avec attention. Il semblerait que la précocité révèle fréquemment une situation de vulnérabilité psychosociale susceptible de conduire, au cours de l’adolescence, à des situations où l’usage devient problématique. Mais la force du lien entre précocité de l’expérimentation et maintien dans un usage régulier ne dispense pas d’une réflexion sur sa signification dont on peut ici esquisser quelques traits.
Figure 1.14 Types d’usage de cannabis à 17 ans en fonction de l’âge d’expérimentation en 2011 (Source : Escapad 2011)
En premier lieu, l’organisme des plus jeunes est plus fragile, en particulier leur cerveau, qui n’est pas tout à fait mature et peut en cela se révéler plus vulnérable15 . Sur le plan physiologique, si l’usage a été maintenu depuis la première expérience, la précocité reflète la chronicité de l’intoxication et aggrave souvent ses dangers, comme dans le cas de la consommation de tabac et des maladies qui lui sont liées. Sur le plan psychologique, de surcroît, il est plus difficile de renoncer à une habitude de consommation solidement installée qu’à un comportement récent. Ces éléments pourraient suffire à faire de la donnée de l’âge au premier usage un élément à surveiller au plan médical et sanitaire.
Néanmoins, d’un point de vue interprétatif, le fait que la précocité des expérimentations soit prédictive d’abus ultérieurs pourrait aussi relever d’un certain attrait pour les substances psychoactives, qui inciterait à la fois à des usages plus variés, plus précoces et plus intenses : autrement dit, elle pourrait être à la fois un effet de prédispositions qu’elle contribuerait à médiatiser et une cause de troubles ultérieurs. De plus, il est souvent difficile de distinguer l’effet propre de la précocité du premier usage de celui de la durée de l’usage (c’est-à-dire sa chronicité). En effet, il est raisonnable de penser qu’il faut un apprentissage, une habituation au produit pour le consommer de plus en plus fréquemment et éventuellement de façon de plus en plus problématique (Beck et coll., 2004renvoi vers). Par conséquent, la relation entre précocité et niveau d’usage est en partie aussi une relation entre durée d’usage et niveau d’usage. Il est ainsi probable, même si les données ne permettent pas de le montrer, que la durée nécessaire au passage de l’expérimentation à l’usage quotidien de cannabis ne soit pas plus courte lorsque l’expérimentation a eu lieu à 11 ans que lorsqu’elle a eu lieu à 14 ans (pour des raisons pratiques et financières, le contraire semblerait même plus plausible).
Néanmoins, une expérimentation trop précoce pourrait être moins bien négociée dans la mesure où elle ne permettrait pas autant, par exemple, de s’appuyer sur l’expérience des pairs pour s’y préparer. En outre, il est probable que l’âge d’un individu au premier usage soit d’autant plus révélateur d’un comportement à risque qu’il s’écarte de l’âge moyen de la génération observée. C’est donc davantage la précocité relative qu’il convient de prendre en considération que l’âge d’expérimentation.
Actuellement, plusieurs enquêtes suggèrent fortement qu’il n’y a pas une plus grande précocité des usages, dans la mesure où les âges moyens d’expérimentation parmi les adolescents et jeunes adultes ont eu tendance à augmenter ces dernières années (Spilka et coll., 2012renvoi vers ; Beck et coll., 2013brenvoi vers) (figure 1.15Renvoi vers).
Figure 1.15 Évolution de l’âge moyen de la 1re cigarette, de la 1re ivresse et du 1er usage de cannabis (Source : enquêtes Escapad)
En conclusion, depuis 10 ans, les niveaux d’usage des produits psychoactifs restent particulièrement élevés en population adolescente et ce malgré des changements législatifs importants concernant l’offre de tabac et d’alcool aux mineurs16 . L’impact de ces mesures législatives reste aujourd’hui encore peu visible sur les niveaux d’usage parmi les adolescents notamment les plus âgés. Le recul de l’âge d’expérimentation de tabac laisse toutefois entendre que parmi les plus jeunes mineurs, les politiques de restriction de l’offre ont pu avoir une influence notable. C’est finalement sur le tabac, produit pour lequel l’ensemble des efforts de dénormalisation de son usage et des actions menées depuis maintenant plus de 20 ans ont été les mieux partagés et admis par l’ensemble des acteurs (usagers compris) que les politiques publiques ont peut-être obtenu les résultats les plus marquants, même s’ils doivent être nuancés par une reprise récente du tabagisme des 15-17 ans après plus d’une décennie de baisse.
La consommation de cannabis a augmenté jusqu’en 2003 puis s’est stabilisée à un niveau assez élevé. Cette évolution a sans doute des causes multiples. Le « marché » que représente la population adolescente attirée par ce produit pourrait être saturé. Comme tous les biens de consommation, sauf de rares exceptions devenues essentielles à la vie moderne (comme certains moyens de communications, radio, télévision, téléphone mobile), les drogues licites ou non, sont expérimentées par une proportion de sujets qui en font le choix et en ont les moyens, dans un contexte économique et social donné. Ainsi, à l’instar de l’alcool ou du tabac, qui se sont diffusés il y a plus longtemps dans la population sans pour autant être consommés par tous, la diffusion du cannabis doit probablement s’arrêter à un niveau qui est propre à ce produit (qui dépend du contexte économique, social et législatif). La baisse qui suit le pic de consommation pourrait ainsi être un contrecoup ou un réajustement du marché après une hausse rapide et continue et l’effet de mode et d’entraînement que le cannabis a suscité. Au niveau populationnel, toutes les consommations de drogues suivent en effet des processus cycliques composés d’effet d’opportunité d’offre, de mode… le cannabis n’y échappe pas (Musto, 1973renvoi vers). La diffusion croissante puis la rétractation de la consommation d’ecstasy depuis 2000 en est un autre exemple.
De même, une modification de la législation des produits peut entraîner des effets inattendus voire pervers sur les usages, la hausse très importante de l’expérimentation de poppers qui a suivi le décret d’interdiction de vente en est un exemple. Toutefois, même si dans ce cas les effets observés n’étaient pas ceux escomptés, cet exemple rappelle que des changements législatifs peuvent influencer les comportements de consommation. Enfin, on peut souligner que la baisse de l’usage régulier de cannabis coïncide aussi avec un changement d’orientation du discours sur le cannabis opéré par les pouvoirs publics dès 2002, notamment avec des campagnes de prévention plus nombreuses et ciblées et des études scientifiques qui ont pointé sa dangerosité pour la santé et sa contribution à la mortalité routière.
Il reste ainsi difficile d’attribuer cette baisse à l’effet d’une politique publique, mais il est tout à fait probable que ces efforts ont pu favoriser le changement de comportement des jeunes. Les travaux présentés suggèrent que le rapport aux produits varie suivant le milieu social, ce qui pourrait être le signe d’une perméabilité différente aux informations relatives aux produits et aux campagnes publiques de prévention. Ces travaux suggèrent également, à l’exemple du tabac, que les politiques publiques doivent s’inscrire dans la durée et la stabilité en s’appuyant sur des constats et des orientations partagés par tous.
Aujourd’hui, s’il faut se réjouir de l’existence de données épidémiologiques nombreuses et reposant sur des méthodologies rigoureuses, il convient d’admettre que leur interprétation demeure souvent difficile. Certes, certains facteurs associés aux consommations de produits psychoactifs sont clairement identifiés et sont confirmés enquête après enquête. De même, il apparaît difficile de remettre en cause la consommation de tabac, d’alcool et de cannabis parmi les jeunes adolescents, confirmant la nécessité de mener des politiques de prévention à leur égard. Malgré tout, l’interprétation des variations et des évolutions entre les enquêtes ou les populations étudiées reste délicate : les revirements observés peuvent n’être que passagers et être contredits par les évolutions futures. Seule la prise en compte d’une temporalité plus longue peut permettre de relativiser une observation ponctuelle. La pérennité des enquêtes existantes est à ce titre essentiel.
Au-delà d’une meilleure observation de ces phénomènes dans les enquêtes en population générale, la modification des comportements d’alcoolisation se confirme, avec notamment une hausse assez nette des comportements d’ivresse et des épisodes d’alcoolisation ponctuelle importante.
Si les usages réguliers des différentes substances psychoactives ne commencent en général guère avant l’âge de 14 ans, il est notable que les adolescents qui se distinguent par la précocité de leur pratique constituent une population vulnérable et à risque de basculer vers un usage problématique. Sans pouvoir être assimilée à d’autres facteurs psychosociaux exogènes, la précocité des usages peut néanmoins servir de signal d’une situation à risque, et donc utilement servir une stratégie de repérage précoce.

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