I. Substances psychoactives

2014


ANALYSE

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Déterminants sociaux et familiaux des conduites addictives : une perspective vie entière

Les conduites addictives sont des comportements individuels, fruits de l’action d’individus, dont la fréquence et l’intensité sont liées à des déterminants sociaux et familiaux. Dans un grand nombre de cas, la consommation de produits psychoactifs par les jeunes est passagère et sans conséquences majeures en termes de santé ou de devenir académique, social ou professionnel. Chez d’autres, elle constitue un marqueur de difficultés sous-jacentes et peut prédire des risques sanitaires et sociaux à moyen et long termes (Melchior et coll., 2008renvoi vers ; Grant et coll., 2012renvoi vers) si elle se prolonge (Fergusson et coll., 2008renvoi vers ; Horwood et coll., 2010renvoi vers). En termes de santé publique, il semble donc que ce sont les consommations excessives (liées à des risques aigus d’accident et de violence, de comportements sexuels à risque, d’échec scolaire, ou de décrochage familial) et celles qui perdurent dans le temps et ne diminuent pas à l’entrée dans la vie adulte, qui sont les plus préoccupantes. Dans ce chapitre, le focus portera sur les consommations de tabac, alcool et cannabis qui sont les plus fréquentes et représentent les premières causes d’addiction au sein de la population.

Déterminants sociaux des conduites addictives

Les inégalités sociales vis-à-vis des conduites addictives sont multifactorielles. Elles peuvent être expliquées par la « sélection par la santé » (c’est-à-dire que des conduites addictives peuvent avoir un effet négatif sur la trajectoire sociale des personnes ; Leclerc et coll., 1994renvoi vers) et par la « causalité sociale » (c’est-à-dire que des conditions de vie ou de travail défavorables peuvent induire ou aggraver des comportements néfastes pour la santé). En population générale, la « sélection par la santé » pourrait contribuer aux inégalités sociales en matière de consommation d’alcool, de cannabis ou d’autres drogues illicites, tandis que la « causalité sociale » semble être l’explication principale des inégalités sociales en matière de tabagisme. Au cours de l’adolescence, la causalité sociale est plus souvent en cause, les conséquences négatives des usages sur la santé étant la plupart du temps négligeables.
Dès l’initiation des conduites addictives, on note d’importantes inégalités sociales : les enfants, adolescents et jeunes adultes qui ont une situation sociale défavorable présentent plus souvent des niveaux de consommation régulière ou excessive de tabac et d’alcool que ceux issus de milieux favorisés (Melotti et coll., 2011renvoi vers ; Tjora et coll., 2011renvoi vers ; Redonnet et coll., 2012renvoi vers). On retrouve l’existence d’un gradient social bien connu sur la santé. Ainsi, si l’expérimentation (définie comme la consommation au moins une fois au cours de la vie) des produits psychoactifs apparaît comme étant largement diffusée au sein de la population, l’installation dans des consommations fréquentes ou problématiques est influencée par la situation sociale (Beck et coll., 2007arenvoi vers et brenvoi vers, 2010renvoi vers). Les inégalités sociales au début de la vie ont tendance à se creuser avec le temps. À l’âge adulte, les trajectoires sociales sont associées aux conduites addictives, c’est-à-dire que les personnes qui ont une situation sociale défavorable tout au long de leur vie ou qui connaissent une détérioration de leur situation sociale au cours de la vie ont des niveaux de conduites addictives plus élevés que celles qui ont toujours une situation sociale favorable ou qui connaissent une ascension sociale, même lorsqu’on tient compte d’évènements de vie ou de difficultés psychologiques (Melchior et coll., 2007renvoi vers ; Bowes et coll., 2012renvoi vers).
À l’adolescence, le lien entre milieu social et usage de produit psychoactif varie et s’inverse suivant le niveau de consommation en jeu. Les jeunes issus des milieux favorisés (tels que définis par la profession ou catégorie sociale la plus élevée des parents, ici les enfants de « cadres et professions intellectuelles supérieures ») rapportent davantage que les autres des expérimentations ou des usages modérés (c’est-à-dire peu fréquents) d’alcool, de cannabis, ou autant d’expérimentations de tabac que ceux des milieux modestes. Le passage à des usages très fréquents ou intensifs d’alcool1 , à des usages quotidiens de tabac, ou à des usages problématiques de cannabis est plus le fait de jeunes issus de milieux modestes (Legleye et coll., 2011arenvoi vers, 2012renvoi vers et 2013renvoi vers). La prévalence supérieure de l’expérimentation et des usages non problématiques peut illustrer le surcroît de moyens matériels dont disposent les jeunes des milieux sociaux favorisés (Arillo-Santillan et coll., 2005renvoi vers ; Finkelstein et coll., 2006renvoi vers ; Bellis et coll., 2007renvoi vers ; Humensky, 2010renvoi vers). La relative retenue dont ils font preuve devant l’engagement dans des usages plus problématiques peut s’interpréter comme un souci de la performance scolaire et de la carrière professionnelle future, soit, suivant la terminologie économique, d’une certaine préférence pour l’avenir (Schiffman et coll., 2004renvoi vers ; de Walque, 2007renvoi vers). Cette interprétation est corroborée par les analyses qualitatives menées auprès d’adolescents parisiens (Spilka et coll., 2010renvoi vers) qui montrent que les jeunes des quartiers favorisés limitent leurs consommations afin de ne pas dégrader leurs performances scolaires : leur désir de poursuivre des études supérieures les garde généralement des excès les plus dommageables. Au contraire, les jeunes des quartiers populaires éprouvent plus de difficulté à se projeter dans l’avenir et prévoient moins souvent de poursuivre des études : bien que leurs expérimentations soient plus rares, elles sont plus fréquemment suivies par des consommations importantes.
À l’adolescence, le parcours scolaire et la scolarisation (redoublement ou non au cours de la vie, inscription en filière professionnalisante, et plus encore déscolarisation ou cessation de scolarisation à 16 ans) sont des facteurs importants ayant un effet propre sur les expérimentations et les usages plus fréquents. À l’instar de ce qui est généralement observé en population générale, les difficultés scolaires et la déscolarisation sont souvent associées à des usages plus fréquents, à tel point que ces caractéristiques du parcours scolaire peuvent être considérées comme des indicateurs de niveau social en soi pour les adolescents (Glendinning et coll., 1994renvoi vers). Ces indicateurs ne jouent d’ailleurs pas le même rôle suivant le milieu social parental : le redoublement et la scolarisation dans des filières courtes ou la déscolarisation favorisent d’autant plus l’expérimentation ou le passage à l’usage quotidien que les jeunes sont issus de milieux sociaux favorisés (Legleye et coll., 2011arenvoi vers). Ce résultat illustre sans doute le poids des attentes éducatives des différents milieux familiaux, plus ou moins générateurs de stress susceptibles d’induire des comportements « déviants » de compensation, de recherche d’estime de soi et de valorisation, dont les usages de produits psychoactifs font partie (Hoffmann et Su, 1997renvoi vers ; Froggio et Agnew, 2007renvoi vers).

Diffusion des usages entre les générations

Des études rétrospectives en population adulte montrent que les déterminants sociaux de la consommation quotidienne de tabac (Legleye et coll., 2011brenvoi vers), mais aussi de la consommation de cannabis – expérimentation et usage dans l’année – (Goffette et coll., 2013renvoi vers) ont varié au cours des dernières décennies. Les groupes sociaux disposant des niveaux de diplôme les plus élevés (supérieurs à Bac +3 pour le tabac, au Bac pour le cannabis) étaient ainsi les plus consommateurs de ces deux produits dans les générations nées avant la deuxième guerre mondiale ; puis l’écart avec les groupes les moins éduqués s’est progressivement inversé au cours du temps : dans les générations les plus récentes, les groupes les moins éduqués sont maintenant les plus consommateurs. Ce processus de diffusion est le même pour les deux sexes, mais le phénomène est décalé dans le temps pour les femmes : les changements observés arrivant pour elles avec un temps de retard. Ceci est conforme à la théorie sociologique de la diffusion des innovations (Rogers et Shoemaker, 1971renvoi vers) et la théorie de l’épidémie tabagique (Lopez et coll., 1994renvoi vers)2 . L’examen des courbes de diffusion aux jeunes âges montre que ces effets constatés en population générale semblent valoir pour les populations adolescentes. Toutefois, des analyses spécifiques sur données collectées en population adolescente restent à mener.

Environnement social, genre et normes d’usage

Diverses caractéristiques de l’environnement social des personnes qui dépendent en partie de leur situation sociale et économique, telles que l’isolement relationnel, l’absence de soutien social de la part de l’entourage, ou les expériences de vie négatives (difficultés financières, insécurité alimentaire au sein de la famille) sont directement associées à une augmentation du risque de comportements de santé néfastes (Berkman et coll., 2000renvoi vers ; Schulte et coll., 2007renvoi vers ; Surkan et coll., 2012renvoi vers). Cependant, en population adolescente, il a été observé que l’isolement relationnel peut être lié à un niveau plus faible de consommation de produits psychoactifs ; en effet, l’initiation des consommations – en particulier les produits illicites comme le cannabis – ainsi que l’entrée dans des consommations régulières ou excessives sont concentrées au sein de réseaux sociaux particuliers ; les jeunes qui en sont exclus n’accèdent pas, ou plus tard, à ces produits (Christakis et Fowler, 2008renvoi vers ; Bobakova et coll., 2012renvoi vers). La progression dans la consommation, depuis l’expérimentation jusqu’aux usages quotidiens et intensifs, s’accompagne ainsi d’une sélection des fréquentations amicales dont la proportion de consommateurs augmente graduellement, et par un centrage des activités sur la consommation du produit et la récupération de ses effets (Peretti-Watel, 2003renvoi vers).
Les normes d’usage s’étendent également aux rapports de genre. Si les usages de produits psychoactifs sont en général masculins (à l’exception des médicaments psychotropes et du tabac), l’écart entre les sexes varie suivant le milieu social et suivant les niveaux d’usage3 . Schématiquement, plus le milieu social est élevé, moins l’écart entre les sexes est grand. Ainsi, parmi les jeunes français de 17 ans interrogés en 2008 dans l’enquête Escapad (Enquête sur la santé et les consommations réalisée lors de la Journée Défense et Citoyenneté), pour le tabagisme quotidien, le sex-ratio vaut 1,00 parmi les jeunes issus de familles de cadres, 1,09 parmi ceux issus de familles d’employés, 1,11 parmi ceux issus de familles d’ouvriers et 1,18 parmi ceux issus de familles de chômeurs/ inactifs, la plupart des différences avec les cadres étant significatives, en particulier celles avec les ouvriers et chômeurs/inactifs (p<0,05). Pour la consommation régulière d’alcool, les chiffres correspondants sont : 2,56, 3,90, 4,01 et 3,87 ; pour la consommation régulière de cannabis, on trouve 2,51, 2,97, 2,68, 2,99, les écarts avec les cadres étant là aussi souvent significatifs au seuil 0,05, en particulier avec les ouvriers et les inactifs/chômeurs (calculs de l’auteur ; voir aussi Legleye (2011renvoi vers), p. 60-63). Le même type d’effet s’observe aussi suivant les indicateurs de parcours scolaire que sont le redoublement et la filière : les sex-ratios associés aux consommations de produits psychoactifs sont plus équilibrés au sein des jeunes qui n’ont pas redoublé, qui sont scolarisés en filière générale et technique plutôt qu’en filière professionnalisante ou qui sont déscolarisés (Legleye et coll., 2008renvoi vers).
Ainsi, le risque relatif de consommation quotidienne de tabac parmi les enfants d’ouvriers relativement aux enfants de cadres est de 1,46 parmi les garçons, alors qu’il est de 1,33 parmi les filles (la différence étant significative au seuil 0,05) ; le risque relatif correspondant pour la consommation régulière d’alcool (au moins 10 usages dans le mois) est de 1,20 parmi les garçons mais de 0,77 parmi les filles (p<0,001) : autrement dit, les filles des familles de cadres boivent « plus » que celles des familles d’ouvriers alors que c’est le contraire pour les garçons. La même tendance est observée pour le fait de déclarer au moins 6 alcoolisations ponctuelles importantes (API) au cours des trente derniers jours : le risque relatif des enfants d’ouvriers relativement à ceux de cadres vaut 1,31 parmi les garçons mais 0,99 parmi les filles (p<0,05).
Ces derniers résultats concernant l’alcool font écho à ce qui est observé en population générale adulte dans de nombreux pays d’Europe, y compris en France : la consommation régulière d’alcool des femmes est plus élevée dans les milieux favorisés que modestes, bien que la consommation excessive reste concentrée au sein de ces derniers (Kuntsche et coll., 2004renvoi vers ; Beck et coll., 2010renvoi vers). Cette évolution des normes et identités de genre réglant la consommation d’alcool a été théorisée pour la société nordique (Eriksen, 1999renvoi vers ; Beck et coll., 2006renvoi vers). Cette opposition du rapport entre milieu social et alcool entre les sexes est le produit d’une évolution retardée de la diffusion des comportements de consommation d’alcool dans la population féminine similaire à celle observée pour le tabac et le cannabis. Les résultats au sein des adolescents soulignent la persistance de ces normes attachées au milieu social chez les plus jeunes. Les représentations de la consommation d’alcool, de tabac et de cannabis des jeunes sont d’ailleurs contrastées entre milieux sociaux comme le montrent les résultats de l’enquête Escapad Paris 2010 : la « permissivité » des jeunes à l’égard de la consommation des filles est nettement plus importante au sein des milieux favorisés (Spilka et coll., 2010renvoi vers).
Par ailleurs, une étude conduite sur la population scolarisée de 15-16 ans de 31 pays européens a montré qu’il existe dès l’adolescence une association entre niveau d’usage et type d’usage d’alcool et caractéristiques politiques et socioéconomiques nationales, notamment en ce qui concerne l’écart de consommation entre garçons et filles : la consommation est d’autant plus égalitaire qu’elle a lieu dans des pays économiquement développés et surtout politiquement et socialement paritaires, suggérant que le contexte social national a un impact sur les façons de boire, dès l’adolescence (Legleye et coll., 2011crenvoi vers).
D’autres études sur la même population adolescente ont trouvé des résultats soulignant également le poids des contextes nationaux de consommation sur la consommation individuelle. Ainsi, la prévalence nationale de consommation et l’accessibilité perçue du cannabis, qui varient suivant les pays, sont des facteurs importants favorisant la consommation (Piontek et coll., 2013renvoi vers), et des résultats similaires existent sur l’intensité déclarée de l’ivresse (Muller et coll., 2013renvoi vers) : là où les consommations sont les plus dommageables sur le plan de la santé publique, les ivresses sont perçues comme les moins intenses. Le contexte national, économique et social influence donc bien les consommations des produits et sans doute leurs représentations au sein de la population, notamment adolescente.

Déterminants familiaux et conduites addictives : transmission intergénérationnelle

Les conduites addictives peuvent être transmises entre les générations, à des degrés qui varient en fonction du produit et des caractéristiques de consommation des parents et des descendants (dans la fratrie), mais aussi en fonction du niveau économique et social. La composition familiale et surtout le fonctionnement familial sont aussi en jeu, notamment l’entente parents-enfant, et l’entente des parents entre eux.
Les adolescents dont les parents sont consommateurs de tabac ont un risque 2 à 3 fois plus élevé de l’expérimenter de façon précoce et de devenir fumeurs réguliers, surtout si le parent fumeur est la mère ou si les deux parents fument. Toutefois, les enfants d’ex-fumeurs – c’est-à-dire de personnes qui diminuent ou arrêtent leur consommation de tabac même après la naissance de l’enfant – ont des niveaux de tabagisme comparables à ceux des enfants de non-fumeurs (Gilman et coll., 2009renvoi vers ; Melchior et coll., 2010renvoi vers ; Scherrer et coll., 2012renvoi vers). De façon similaire, les jeunes dont les parents ont une forte consommation d’alcool ont 2 à 3 fois plus souvent une consommation excessive d’alcool (Nurnberger, Jr. et coll., 2004renvoi vers). Les études concernant la transmission intergénérationnelle des consommations de cannabis, et en particulier des consommations excessives, sont plus rares. Elles suggèrent que par rapport aux jeunes dont les parents ne consomment pas de cannabis, ceux dont les parents en consomment ont un risque de dépendance au cannabis deux fois plus élevé (Marmorstein et coll., 2012renvoi vers). Les enfants de parents qui sont dépendants à d’autres drogues illicites ont eux aussi une probabilité plus élevée d’être dépendants à partir de l’adolescence (Delaney-Black et coll., 2011renvoi vers), mais les données dans ce domaine sont très rares. Aucune n’est disponible pour la France.
Les mécanismes invoqués pour expliquer la transmission intergénérationnelle sont :
• une plus grande accessibilité des produits psychoactifs lorsqu’ils sont consommés au sein de la famille (Woodruff et coll., 2003renvoi vers) ;
• des facteurs psychologiques (imitation du comportement parental et perception positive des produits psychoactifs utilisés par les parents : Schuck et coll., 2012renvoi vers ; Mercken et coll., 2013renvoi vers) ;
• les caractéristiques des relations parent-enfant. En particulier, les jeunes issus de familles séparées/divorcées, et qui sont peu supervisés par leurs parents, ou qui ont de mauvaises relations avec leurs parents et ceux dont les parents tolèrent la consommation de produits psychoactifs, ont des niveaux de consommation plus élevés (Fagan et coll., 2005renvoi vers ; Sartor et coll., 2007renvoi vers ; Surkan et coll., 2012renvoi vers ; Mercken et coll., 2013renvoi vers).
Les effets de ces différents aspects de l’environnement familial sur le comportement des jeunes pourraient se cumuler, c’est-à-dire que les jeunes dont les familles connaissent plusieurs types de difficultés simultanément pourraient avoir les risques les plus élevés de consommer du tabac, de l’alcool, ou du cannabis (Sakyi et coll., 2012renvoi vers ; Surkan et coll., 2012renvoi vers). Il semble important de souligner que les attitudes des parents ainsi que celles d’autres adultes de l’entourage (enseignants, parents d’amis) vis-à-vis des consommations de produits des adolescents, peuvent influer sur les trajectoires de consommations (Christakis et Fowler, 2008renvoi vers ; Guo et coll., 2011renvoi vers).
La transmission intergénérationnelle des addictions traduit en partie l’influence de facteurs biologiques. Ceux-ci incluent certainement des composantes génétiques : l’héritabilité des addictions – c’est-à-dire la proportion de la probabilité des conduites addictives attribuable à des facteurs génétiques – est estimée à environ 50 % même si les facteurs génétiques identifiés à ce jour n’expliquent qu’une faible partie du risque (Agrawal et Lynskey, 2008renvoi vers), en particulier pour le cannabis (Verweij et coll., 2012renvoi vers). Dans la plupart des cas, les facteurs biologiques n’agissent probablement pas de façon directe mais en lien avec des facteurs non-biologiques, dits « environnementaux », soit par des interactions gènes-environnement ou des mécanismes épigénétiques (Hertzman, 2013renvoi vers). Ces éléments ne semblent toutefois pas de nature à expliquer à eux-seuls la diffusion des usages non problématiques des produits d’une génération à l’autre.
Par ailleurs, l’exposition aux produits psychoactifs in utero induit un retard de croissance physique et cognitif qui peut se manifester par des difficultés de comportement dès l’enfance et favoriser le développement de conduites addictives à partir de l’adolescence. Les jeunes qui ont des difficultés de comportement (trouble des conduites, hyperactivité/inattention) ont des niveaux de consommation de produits psychoactifs particulièrement élevés et souvent plus précoces que la moyenne, reflétant dans certains cas l’influence d’une exposition in utero (Hellstrom-Lindahl et Nordberg, 2002renvoi vers ; D’Onofrio et coll., 2012renvoi vers ; Lebel et coll., 2012renvoi vers). De façon générale, la précocité d’usage est un facteur prédictif et de gravité important. À l’appui de ce constat, on trouve des éléments neurobiologiques4 mais aussi des résultats d’études transversales et longitudinales montrant que les jeunes consommant des produits psychoactifs de manière précoce présentent des risques plus élevés de basculer dans des usages dommageables et de connaître des difficultés scolaires, professionnelles et sociales ultérieures5 .
La transmission intergénérationnelle des conduites addictives peut varier en fonction d’autres facteurs. Ainsi, l’influence des comportements parentaux pourrait être particulièrement importante chez les jeunes qui apparaissent enclins aux conduites à risque, c’est-à-dire ceux qui ont un tempérament désinhibé (difficulté à se contrôler, prises de risque…) ou des comportements agressifs envers leur entourage (des symptômes externalisés…) (Iacono et coll., 1999renvoi vers ; Fagan et coll., 2009renvoi vers ; Delaney-Black et coll., 2011renvoi vers), ou encore en cas de difficultés socioéconomiques, du fait d’un cumul de difficultés sociales et familiales, d’interactions gènes-environnement ou par l’intermédiaire de mécanismes épigénétiques (Agrawal et Lynskey, 2008renvoi vers ; Lagou et coll., 2011renvoi vers ; Melchior et coll., 2011renvoi vers ; Laucht et coll., 2012renvoi vers). De façon similaire, les personnes qui ont une situation sociale défavorable sont particulièrement vulnérables aux effets négatifs de l’environnement macrosocial, c’est-à-dire des difficultés économiques structurelles. Par exemple, les personnes appartenant aux groupes sociaux les plus défavorisés semblent particulièrement susceptibles d’augmenter leurs niveaux de consommation de tabac ou d’alcool en cas de dégradation du marché de l’emploi ou de crise financière et économique (Henkel, 2011renvoi vers). La situation sociale des jeunes n’étant pas indépendante de celle de leurs parents, ces processus se conjuguent pour aboutir à une accumulation de facteurs de risque, de difficultés socioéconomiques et de conduites addictives au sein de sous-groupes spécifiques de la population, contribuant ainsi à la reproduction des inégalités sociales dans ce domaine entre les générations.
À l’inverse, tous les enfants de parents fumeurs ou alcoolo-dépendants n’adoptent pas les mêmes comportements, et il existe des facteurs « protecteurs » ou de résilience. Ainsi, parmi les jeunes qui ont des antécédents parentaux de conduites addictives, ceux qui se montrent capables de contrôler leur comportement (Pearson et coll., 2011renvoi vers ; Weiland et coll., 2012renvoi vers), qui n’ont pas de difficultés psychologiques (Wills et coll., 2001renvoi vers et 2008renvoi vers ; Hodder et coll., 2011renvoi vers) et qui reçoivent du soutien social de la part de leur entourage (Arpawong et coll., 2010renvoi vers), ont des niveaux de conduites addictives plus faibles qu’attendu. Il faut toutefois souligner que les facteurs individuels et collectifs pouvant réduire la transmission intergénérationnelle des conduites addictives sont encore assez mal connus.

Caractéristiques du cercle amical et conduites addictives

De nombreuses études montrent qu’au-delà des caractéristiques familiales, celles du cercle amical et romantique des adolescents sont liées à leurs conduites addictives (Beck et coll., 2002renvoi vers). En effet, si d’une part les adolescents qui sont attirés par les produits psychoactifs sélectionnent probablement des amis avec lesquels ils peuvent partager cet intérêt (par exemple les jeunes dont les parents ont des problèmes d’addiction ont plus souvent des personnes qui ont ce type de difficultés dans leur entourage amical : Rudolph et coll., 2011renvoi vers ; Mercken et coll., 2013renvoi vers), les comportements des proches peuvent aussi influencer leurs pratiques (Clark et Loheac, 2007renvoi vers ; Scherrer et coll., 2012renvoi vers ; Kreager et coll., 2013renvoi vers). Le sens de l’association entre la consommation de produits psychoactifs et les niveaux de consommation chez les pairs est difficile à établir. Il a néanmoins été observé que chez les adultes, les changements de comportement parmi les membres du réseau social influent sur le comportement des individus, suggérant que la diffusion de nouvelles normes sociales peut avoir un effet relativement rapide sur les conduites addictives (Riou Franca et coll., 2009renvoi vers ; Rosenquist et coll., 2010renvoi vers).

Accessibilité des produits et dynamique des consommations

En amont des usages, certains adolescents apparaissent plus à risque d’entrer dans la consommation que d’autres, indépendamment des conditions sociales (Crano et coll., 2008renvoi vers). Au premier usage, la perception positive des effets est aussi une clef permettant de prédire l’engagement dans des consommations futures (Agrawal et coll., 2013renvoi vers).
La théorie de l’escalade, qui postule un schéma de passage des drogues licites aux drogues illicites, avec notamment un passage du cannabis aux drogues dites « dures » comme l’héroïne ou la cocaïne (Kandel et Faust, 1975renvoi vers), semble aujourd’hui invalidée, mais il faut néanmoins souligner que l’expérimentation ou la consommation d’une substance augmente les risques d’en expérimenter une autre, en particulier parmi le tabac, l’alcool et le cannabis (Palmer et coll., 2009renvoi vers). Si dans la plupart des cas, les raisons de ces expérimentations pourraient résider dans des opportunités d’essai liées à des sociabilités propres aux usages des différentes substances, des présomptions de facteurs génétiques sont ici aussi très fortes, notamment pour les usages les plus intensifs (Vanyukov et coll., 2012renvoi vers).
Les leviers de changement des normes de comportement chez des adolescents particulièrement marqués par la défiance de l’ordre perçu comme étant établi par les adultes (Michel et coll., 2003renvoi vers), sont encore mal connus. Les changements réglementaires limitant l’accès aux produits psychoactifs produisent des effets. Par exemple, aux États-Unis, dans les États qui ont mis en Ĺ“uvre des dispositifs légaux limitant l’accès à l’alcool chez les jeunes – comme l’interdiction de la vente d’alcool aux moins de 21 ans (Plunk et coll., 2013renvoi vers) ou la mise en place de pénalités importantes pour les jeunes conducteurs sous l’emprise d’alcool (Cavazos-Rehg et coll., 2012brenvoi vers) –, les niveaux de consommation excessive d’alcool sont généralement plus faibles que dans les États où ces dispositifs n’existent pas. De façon similaire, l’augmentation du prix du tabac est associée à une baisse du nombre de cigarettes consommées chez les jeunes (Kostova et coll., 2011renvoi vers ; Cavazos-Rehg et coll., 2012arenvoi vers), une telle tendance ayant été également observée en France (Legleye et coll., 2007renvoi vers). Même s’il est difficile de mettre en évidence des relations de cause à effet, les politiques limitant l’accès aux produits psychoactifs pourraient contribuer à modifier les normes autour des conduites addictives, influant ainsi sur le comportement des jeunes, sans que l’on sache néanmoins prédire les comportements compensatoires que les jeunes pourront être amenés à mettre en place. En France, l’accessibilité du tabac, de l’alcool et du cannabis a connu des variations importantes entre 1999 et 20116 . Toutefois, les évolutions des niveaux d’usage ne sont pas en totale coïncidence avec celles de l’accessibilité. Ainsi, comme le suggèrent les études de comparaison internationales sur des populations scolaires (Muller et coll., 2013renvoi vers ; Piontek et coll., 2013renvoi vers), des recherches supplémentaires sur l’influence de l’accessibilité réelle et perçue des produits, ainsi que des risques encourus en cas de consommation, particulièrement dans le contexte français, devraient être menées.
En conclusion, les jeunes issus de milieux sociaux défavorisés ou qui ont des difficultés scolaires (redoublement, orientation en filière professionnelle) ont un risque plus élevé d’avoir une consommation régulière ou excessive de tabac, alcool, ou cannabis. De même, les jeunes dont les parents présentent des conduites addictives ont un risque majoré de consommation régulière ou excessive de tabac, alcool, ou cannabis, particulièrement dans les familles qui connaissent une situation défavorisée. La cohésion familiale (entente entre parents et enfants, connaissance qu’ont les parents de l’entourage et des activités de leurs enfants) réduit le risque de conduites addictives des adolescents. Les interventions visant à limiter l’accessibilité des produits psychoactifs pourraient contribuer à réduire les niveaux d’usage des adolescents.

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