Maladie de Crohn
Les probiotiques à la rescousse

Un déséquilibre de la flore intestinale vient d’être identifié comme l’un des acteurs clefs à l’origine de cette maladie. Une découverte qui ouvre des perspectives très prometteuses d’un traitement à base de probiotiquesProbiotiques
Micro-organismes vivants ayant un effet bénéfique pour la santé de l’hôte
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Plus d’un Français sur mille est victime de la maladie de Crohn. Cette inflammation chronique du tube digestif, incurable et très invalidante, se caractérise par des douleurs abdominales, un amaigrissement, une diarrhée et de la fièvre. Dans les cas les plus graves, le risque de cancer colorectal est multiplié par quatre avec, en ultime recours, l’ablation d’une partie de l’intestin.
En 2001, Mathias ChamaillardMathias Chamaillard
Unité Inserm 1019/CNRS UMR 8204/Institut Pasteur de Lille/Université Lille Nord de France – Université Lille 2 Droit et santé, Récepteurs NODS-like dans l’infection et l’immunité
et ses collaborateurs de la Fondation Jean-Dausset ont identifié le premier gène -NOD2 - de prédisposition à cette maladie. Or, un patient sur deux est porteur d’une mutation délétère de ce gène qui code pour un récepteur permettant au système immunitaire de reconnaître les bactéries afin de faciliter leur élimination. Cette mutation entraînerait une perturbation de la propre flore digestive du patient (dysbiose) en raison de sa reconnaissance inadaptée par la muqueuse intestinale. Cependant, les conséquences physiopathologiques de la dysbiose restaient à déterminer.
Grâce à un modèle préclinique de la maladie de Crohn chez la souris, l’équipe menée par Mathias Chamaillard dans le Centre d’infection et d’immunité de Lille vient de mettre en évidence le rôle central joué par la dysbiose sur le développement de la maladie. En implantant, chez des rongeurs, le microbiote déjà perturbé de souris déficientes pour NOD2 qualifiées à risque, les chercheurs lillois ont constaté que cette transplantation suffisait à exacerber la sévérité des lésions inflammatoires, jusqu’à promouvoir la prolifération cellulaire (ou néoplasie) au niveau du côlon. Des tumeurs peuvent alors survenir. En parallèle, la transplantation du microbiote fécal de souris qualifiées de résistantes chez des souris déficientes pour NOD2 corrige leur risque de développer une inflammation du côlon (colite).

Une flore à l'équilibre

Ces résultats montrent donc que la mise au point de nouveaux traitements nécessite de prendre en compte les mécanismes par lesquels notre microbiote maintient l’équilibre intestinal.« Pour cela, nous cherchons désormais à identifier quelles molécules bactériennes sont mises en jeu et quelles nouvelles souches probiotiques anti-inflammatoires seraient capables de restaurer l’équilibre de la flore intestinale chez les patients atteints de la maladie de Crohn, précise le chercheur. Leur mode d’action devra être indépendant de NOD2, puisque la moitié des patients portent une mutation de ce gène. ». En effet, le mode d’action des probiotiques testés jusqu’à maintenant chez l’homme dépendait de NOD2, ce qui pourrait rendre compte de leur apparente inefficacité. « D’ici cinq ans, des essais cliniques devraient débuter avec de nouvelles souches qui répondent à cette exigence 1. »
La maladie de Crohn est par essence une maladie complexe avec un impact majeur de l’environnement, comme le tabagisme par exemple. « Nos résultats apportent une nouvelle pièce au puzzle, puisqu’ils mettent en lumière le rôle clef du microbiote, qui se trouve au croisement entre les gènes, la nutrition et les différents facteurs environnementaux qui contribuent au développement de la maladie comme le tabac. Cette découverte nous offre donc des perspectives thérapeutiques dans un avenir proche », se réjouit Mathias Chamaillard. Lancement des premiers essais cliniques en 2016.

Natacha Bitton

La flore intestinale a été identifiée comme étant un facteur de risque dans la maladie de Crohn
© Infographie : Sylvie Dessert; Photographies : Mathias Chamaillard : unité Inserm 1019/CNRS UMR 8204/Institut Pasteur de Lille/Université Lille Nord de France – Université Lille 2 Droit et santé